Alimentaire

Les rations de survie

Un pack 24 h militaire n'est pas un placard qui tourne. Ce que contient une RCIR, ce qu'elle tient vraiment, et quand les conserves du foyer suffisent.

Contenu d'un pack de ration 24 h étalé : barquettes, biscuits, kit de réchauffage et boissons en sachet

Une ration de survie désigne, dans le langage courant, un pack 24 heures calqué sur la ration de combat. Il ne s’agit ni d’un menu de cueillette, ni du détail d’un stock familial de trois jours, mais d’une boîte prévue pour une personne et une journée, quand la cuisine n’est plus disponible.

Le foyer qui fait tourner son placard ne rencontre pas le même problème : il dispose déjà de conserves, d’eau en bouteille et d’un rythme d’achat. Le pack militaire sert ailleurs, dans un sac, au moment d’un départ, sur une journée coupée du supermarché. Les deux appartiennent à la rubrique Alimentaire sans se confondre.

Cette page lit des notices, pas un carnet de bivouac.

Ce que le mot « ration » mélange

Trois objets se marchent dessus dans les recherches.

  1. Le pack 24 h militaire, type RCIR française : une journée complète, barquettes, biscuits, petit-déjeuner, ensemble de réchauffage.
  2. Le stock de placard, conserves et sec qui tournent, pensé pour tenir à la maison.
  3. La cueillette, plantes et fruits qu’on identifie dehors, sans garantie de calories le soir même.

Une ration n’apprend pas à se nourrir dans la nature : elle évite d’avoir à le faire le premier soir. Et les trois plantes à connaître ne remplacent en rien 3 200 kcal emballées.

C’est le premier objet qui nous occupe ici, le deuxième ayant sa page plus tard et le troisième existant déjà.

La RCIR : une journée de combattant, pas un foyer

La fiche de l’armée de Terre, publiée par le ministère des Armées, décrit la ration de combat individuelle réchauffable, ou RCIR, comme couvrant « les besoins alimentaires journaliers d’un combattant, lorsque les circonstances excluent une alimentation traditionnelle ».

Voici les chiffres officiels, à relire sur la fiche plutôt qu’à inventer :

CritèreValeur publiée
Énergie3 200 kcal / 13 380 kJ
Répartitionprotides 13 %, lipides 32 %, glucides 55 %
Poids1 500 g
Dimensions294 × 149 × 63 mm
Duréedate limite d’utilisation optimale : 2 ans maximum
Variété14 menus, dont 7 sans porc, 4 consommables froids

L’emballage rigide et filmé assure l’étanchéité et protège de l’écrasement, tout en entrant dans un paquetage. L’assemblage se fait à l’ESCAT d’Angers, sur chaîne automatisée, avec analyse de tous les composants et traçabilité assurée. On est loin d’un panier de supermarché rangé dans une boîte.

Ces 3 200 kcal correspondent au besoin d’un adulte en effort, chargé et dehors. Un foyer à l’arrêt, enfants compris, n’a pas ce métabolisme. Acheter une RCIR par personne et par jour « pour la famille » revient donc à multiplier le poids, le prix et le sel, pour un usage que le placard couvre déjà.

Il ne s’agit pas ici de comparer douze MRE étrangères : la RCIR est simplement l’exemple documenté en France. Ses barquettes contiennent des plats appertisés et non des sachets lyophilisés, quatre menus se mangent froids, et les autres se réchauffent avec l’ensemble fourni.

Ce qu’il y a dans la boîte

La fiche officielle détaille les plats menu par menu, du tajine au cassoulet en passant par le thon et le navarin. Autour de ces plats, les produits complémentaires reviennent d’un menu à l’autre :

  • un paquet de biscuits de campagne, salés-sucrés, 250 g ;
  • un potage ;
  • fromage fondu ou crème dessert ;
  • caramels, barre de chocolat 25 g, nougat, pâte de fruit, sucre ;
  • un ensemble « petit-déjeuner » : café, lait écrémé, boisson cacaotée, sucre en poudre ;
  • un sachet de chewing-gum, un bonbon selon les menus ;
  • dix serviettes ou mouchoirs ;
  • un ensemble de réchauffage, dont six comprimés de purification d’eau et un sac à déchets.

Les recettes changent, mais la structure tient : deux plats en barquettes de 300 g, un hors-d’œuvre, du sec, du sucré, de quoi boire chaud et de quoi réchauffer.

Les comprimés n’ont rien d’une improvisation : ils relèvent des moyens d’assainir son eau en conditions de survie. Six pastilles constituent un appoint de sac, certainement pas un jerrican de maison, et s’emploient selon la notice du comprimé, avec son temps de contact, son volume et ses limites. On ne les verse pas au hasard dans une flaque.

Le kit de réchauffage, réchaud pliant et combustible, sert à tiédir une barquette ; il sort du sujet de cette page. Quatre menus s’en passent, et les autres se mangent froids pour qui accepte le goût et la texture.

Pack 24 h contre placard qui tourne

Le pack répond à une contrainte de transport : 1,5 kg, un format fixe, une journée. On le met dans un sac, on le sort, sans avoir besoin d’un ouvre-boîte électrique ni d’un four.

Le placard répond à une contrainte de maison : on y range ce qu’on mange déjà, on fait tourner, et l’on ne paie ni le conditionnement militaire, ni le kit de réchauffage, ni les 3 200 kcal d’effort. Pour le kit d’urgence 72 heures, Géorisques demande d’ailleurs une nourriture « non périssable et ne nécessitant pas de cuisson », plus 6 litres d’eau par personne. Ce n’est pas une RCIR par jour, mais le foyer, en conserve et en bouteille.

QuestionPack 24 hPlacard qui tourne
Pour quiUne personne mobileUn foyer, sur place
Durée visée24 heuresPlusieurs jours, si le volume y est
Calories~3 200 kcal, effortCelles des boîtes qu’on a vraiment
EauComprimés + ce qu’on porteBouteilles du placard, à faire tourner
RotationDLUO 2 ans, puis on jette ou on mangeFIFO : on mange d’abord ce qui expire
CueilletteInutile le premier soirInutile si le placard est plein

Le pack n’enseigne pas le FIFO, et le placard n’apprend pas à tenir un GR avec 1,5 kg. On choisit donc l’outil, plutôt que d’acheter les deux « au cas où » sans savoir lequel on ouvrira.

Conservation : deux ans, pas une légende

La fiche officielle annonce deux ans maximum, sous forme de date limite d’utilisation optimale, l’ancienne DLUO. Le ministère de l’Agriculture rappelle que cette mention est devenue la date de durabilité minimale, ou DDM : « à consommer de préférence avant… ». Une fois la date passée, le produit n’est pas automatiquement dangereux, même s’il peut avoir perdu du goût, de la texture et une part de ses qualités. Rien à voir, donc, avec une date limite de consommation, réservée aux denrées périssables.

En pratique, cela signifie que :

  • on lit la date sur la boîte reçue, pas sur une fiche générique ;
  • on stocke au frais, au sec, à l’abri du soleil : la notice militaire parle d’un emballage qui tient le transport, pas d’un grenier à 50 °C ;
  • on ne « garde pour dans dix ans » une RCIR achetée aujourd’hui ;
  • une boîte bombée, percée, qui fuit : on ne la mange pas.

Les récits de rations « encore bonnes après cinq ans » ne valent pas notice, et cette page ne les reprend pas.

Ce que le pack ne fait pas

Il ne nourrit pas une famille de quatre pendant un week-end, à moins d’en aligner douze, soit une caisse et le budget d’un week-end entier en conserves classiques.

Il ne remplace pas l’eau : six comprimés traitent un petit volume, sans créer une goutte.

Il ne remplace pas non plus un plat qu’on aime, le goût étant celui d’une barquette de campagne. Quatre menus se mangent froids ; les autres restent comestibles dans cet état, sans devenir désirables.

Il n’apprend rien à l’identification des plantes : l’ortie, le plantain et le pissenlit relèvent d’un autre geste et d’une autre page.

Il ne constitue pas un stock 72 heures, lequel repose sur une méthode de placard, avec FIFO, conserves et eau en bouteille. Le pack, lui, tient une journée dans un sac.

Il n’a rien enfin d’un sachet lyophilisé de randonnée : celui-ci pèse une centaine de grammes et réclame de l’eau chaude, quand la RCIR pèse 1,5 kg et apporte déjà l’eau de ses plats.

Quand un pack sert vraiment

Trois cas tiennent la route, sans qu’il soit besoin d’invoquer la fin du monde.

Un départ. On quitte le logement avec un sac, sans le temps de composer un pique-nique. Une boîte 24 h tient le premier jour.

Une journée dehors, randonnée longue, bénévolat ou chantier, où le ravitaillement n’est pas sûr. On mange ce qu’on a porté.

Un appoint unique, dans un sac d’évacuation, à côté des conserves du placard et non à leur place. Une personne, un jour, plutôt qu’un carton de douze « pour le bunker ».

Dans les trois cas, on vérifie la date à l’achat, on note le menu, avec ou sans porc, on sait ouvrir les barquettes, et l’on dispose d’eau, traitée ou déjà potable.

Quand le placard suffit

Une coupure à la maison, des routes lentes, des courses reportées de deux jours : le foyer mange ce qu’il a. Thon, lentilles, raviolis, fruits au sirop, biscuits déjà présents. On ouvre, on mange froid si le gaz manque, et l’on boit les bouteilles rangées au bas du placard.

Acheter des packs militaires pour ce scénario revient à payer le conditionnement d’un combattant pour une cuisine éteinte. Le kit 72 heures officiel de Géorisques et de la sécurité civile parle de conserves et de petits pots, pas de RCIR.

Le placard impose une contrainte que le pack ignore : il faut le faire tourner. Ce qu’on n’aime pas, on ne le stocke pas, et ce qui expire dans six mois passe devant. Le sujet dépasse cette page, mais le geste est exactement l’inverse de celui du pack scellé qu’on oublie sur une étagère.

Acheter, ou ne pas acheter

Aucun comparatif marchand ici. Les RCIR de surplus existent, avec des menus, des dates et des intermédiaires très variables. Une boîte sans date lisible, sans film, déjà ouverte, ne constitue pas une affaire ; une caisse de douze menus dont on ne mangera jamais le porc non plus.

Si l’on en prend une, autant la traiter comme un outil de sac :

  • une par personne concernée par un départ, pas une par habitant « au cas où » ;
  • date notée, menu noté ;
  • on la mange avant la DDM, en randonnée ou un soir sans envie de cuisiner, puis on en rachète une, ou on arrête.

On n’en fait pas un silo. Le silo, c’est le placard.

En une phrase

Le pack 24 h militaire est une journée portable de 3 200 kcal, pour 1,5 kg et deux ans de conservation. Le placard qui tourne est une maison qui mange ce qu’elle range. La cueillette relève d’un autre métier. On choisit l’un des trois plutôt que de les empiler sous le même mot « ration ».