Le corps tient quelques jours sans boire, pas des semaines. En randonnée, pendant une coupure ou loin d’un robinet sûr, le premier objet utile n’est pas un « kit survie » mais un moyen d’assainir l’eau qu’on a trouvée. Cette page range le matériel ; les gestes, repérer une source, collecter, faire bouillir, occupent la page sœur, trouver et purifier de l’eau par des méthodes simples. Les cotes et les pourcentages qui suivent proviennent des fiches fabricants et de documents ouverts, sans qu’aucun essai terrain soit revendiqué.
Une eau claire n’est pas une eau sûre. Le CDC le rappelle : un ruisseau de montagne peut porter des bactéries, des virus et des parasites, et l’ébullition reste selon la même page le moyen le plus fiable de tuer les germes. Le matériel décrit ici sert quand on n’a ni feu, ni temps, ou trop d’eau à traiter pour une casserole.
Huit objets, huit limites
| Objet | Ce qu’on lui demande | Ce qu’il ne fait pas |
|---|---|---|
| Paille filtrante | Boire à la source, une gorgée | Stocker, arrêter les virus (filtre 0,2 µm type LifeStraw Personal) |
| Gourde filtrante | Emporter 0,6 à 1 L déjà filtré | Remplacer un jerrican de maison, ni une paille seule |
| Pastilles | Traiter un litre dans une bouteille, tuer virus (chimie) | Filtrer le sable, ni les métaux, ni les pesticides |
| Stylo UV | Stériliser 0,5 à 1 L d’eau déjà claire | Traiter une eau trouble sans préfiltre |
| Pompe | Remplir plusieurs litres en marche | Tenir dans une poche comme une paille |
| Sac à gravité | Produire plusieurs litres au camp, sans pomper | Boire au fil de l’eau en marchant |
| Bouilloire / SODIS | Chaleur ou UV solaire, sans pile | Aller vite, ni traiter une eau très trouble |
| Carafe / osmose | Robinet de maison, goût, sels | Tenir dans un sac de 40 L |
Paille, pastilles et pompe se rangent toutes dans la gestion de l’eau.
La paille : une gorgée, pas un stock
La paille filtrante permet de boire directement dans un ruisseau, une flaque claire ou une bouteille d’eau brute. On n’emporte rien de traité : on aspire.
Sur la fiche Personal, LifeStraw annonce une membrane de 0,2 micron, 22,9 × 2,5 cm pour 46 g, une capacité allant jusqu’à 4 000 L, sans pile ni pièce de rechange. La marque revendique 99,999999 % des bactéries et 99,999 % des parasites et microplastiques, selon les protocoles US EPA et NSF P231. En fin de vie, le filtre cesse simplement de laisser passer l’eau, et la durée de stockage à neuf est annoncée comme illimitée.
Ce que cette famille de produits ne retire pas, ce sont les virus. LifeStraw classe la Personal, comme la Go, parmi les filtres et non les purificateurs, ces derniers descendant à 0,02 micron chez la marque avec les Mission, Family et Community. En randonnée dans un pays développé, le fabricant juge les virus peu fréquents dans les sources naturelles. En zone à assainissement défaillant, après une inondation ou dans le doute, un filtre 0,2 µm ne suffit plus : il faut de la chimie, de l’UV, une ébullition ou un vrai purificateur.
La paille ne stocke rien, colmate sur une eau chargée de limon, et n’enlève ni sel, ni métaux lourds, ni pesticides. Ce n’est pas une gourde.

La gourde filtrante : un litre à emporter
La gourde à filtre intégré ajoute un contenant : on remplit, on boit par le bouchon-filtre, et l’on repart avec de l’eau déjà passée. On quitte donc la gorgée prise à genoux au bord de l’eau, sans pour autant atteindre le jerrican de cave.
LifeStraw décrit sa Go Series 1 L avec une membrane 0,2 µm, selon la même logique que la paille et pour 4 000 L, complétée d’une cartouche de charbon actif d’environ 100 L pour le goût et le chlore, le tout pour 268 g. Katadyn documente de son côté la BeFree 1,0 L : flasque souple Hydrapak, membrane 0,1 µm, jusqu’à 2 L/min, 1 000 L, 63 g. Deux architectures pour une même intention, un contenant et un filtre, destinés à une personne en marche.
La limite virale reste celle de la paille sur les modèles « filtre ». Le charbon de la Go ne traite pas chimiquement les métaux, et la flasque BeFree se perce plus facilement qu’une bouteille rigide. Ni l’une ni l’autre ne remplace un stock domestique.
Les pastilles : chimie de sac, temps de contact
Les comprimés n’enlèvent rien : ils désinfectent. On les jette dans une bouteille d’eau claire, puis on attend. Trois familles reviennent dans les notices.
Chlore, par exemple sous forme de dichloroisocyanurate de sodium. Le Katadyn Micropur Forte MF 1T demande un comprimé pour un litre, avec 30 minutes contre les bactéries et les virus, 120 minutes contre les kystes comme Giardia et les amibes, et une conservation jusqu’à six mois grâce aux ions d’argent. Sur une eau froide, le fabricant demande deux heures ; sur une eau trouble, un préfiltre devient obligatoire, les matières en suspension consommant le chlore.
Dioxyde de chlore, par exemple le Katadyn Micropur MP1. La fiche américaine donne 4 ppm de ClO₂, un comprimé par litre et un temps d’exposition de quatre heures pour le spectre complet, bactéries, virus, protozoaires et kystes. Le CDC note que ce composé se montre plus actif que le chlore simple sur Cryptosporidium, à condition de respecter le temps de contact.
Iode, efficace sur beaucoup de bactéries et de virus, mais faible sur Cryptosporidium. Le CDC et le Yellow Book demandent de ne pas boire d’eau traitée à l’iode en cas de grossesse, de trouble thyroïdien ou d’hypersensibilité, et rappellent que personne ne devrait le faire plus de quelques semaines. Ce n’est pas un avis médical, seulement le texte des agences.
Les pastilles ne filtrent pas le sable, ne traitent ni les produits chimiques ni les métaux, et laissent souvent un goût. En revanche, elles pèsent quelques grammes et tiennent dans une poche, ce qui définit exactement leur place : un appoint, un objet de voyage, ou le second barreau derrière un filtre.
Le stylo UV : une gorgée claire, sans membrane
Un purificateur UV, type Katadyn Steripen Ultra, plonge une lampe UV-C dans 0,5 L pendant 48 secondes, ou 1 L pendant 90 secondes. La fiche de l’Ultra donne 140 g, une batterie lithium rechargeable en USB, environ 50 litres par charge, 8 000 activations, et une élimination annoncée à 99,9 % des protozoaires, bactéries et virus. Ni cartouche, ni goût de chlore.
La limite est écrite en toutes lettres : eau claire seulement, les particules faisant écran. Le CDC dit la même chose et demande de filtrer avant l’UV sur une eau trouble. Sans préfiltre, le stylo ne sert à rien dans un ruisseau laiteux ; sans batterie chargée, il ne sert à rien du tout. Il ne retire par ailleurs ni sédiments, ni produits chimiques.
La pompe : plusieurs litres en rando
La pompe manuelle aspire l’eau brute et la pousse à travers une cartouche, vers une gourde ou une poche. On dépasse la gorgée, sans atteindre encore le sac suspendu du camp.
La fiche du Katadyn Hiker Pro transparent donne une cartouche plissée de 0,2 µm en fibre de verre associée à du charbon, environ 1 L/min, jusqu’à 1 150 L selon la qualité de l’eau, 310 g sur la fiche contre 233 g sur la page produit selon la version, un préfiltre 130 µm et un raccord rapide. Elle retire bactéries, protozoaires, kystes et sédiments, réduit les goûts et les odeurs, mais laisse passer les virus. Katadyn la destine à une eau claire à occasionnellement trouble, et renvoie vers les céramiques Pocket ou Combi pour un usage très fréquent.
Ce n’est ni une paille, ni un filtre à gravité, puisqu’il faut pomper. Les joints et le piston réclament un minimum d’entretien, et le débit chute sur une eau très chargée.
Le filtre à gravité : des litres au camp, sans pompe
On remplit un sac, on le suspend, on attend : la gravité pousse l’eau à travers la membrane vers un récipient propre. C’est utile à deux, à cinq, ou pour la cuisine de bivouac, et parfaitement inutile en marchant.
Le Katadyn Gravity BeFree 3,0 L associe une membrane à fibres creuses de 0,1 µm, un débit allant jusqu’à 2 L/min, 1 000 L de capacité, 192 g, une flasque Hydrapak de 3 L et un raccord rapide, pour un groupe de 2 à 5 personnes selon la fiche. Le nettoyage se limite à agiter la cartouche, sans outil. La même famille propose un 6 L de 263 g. Et ce n’est toujours pas un purificateur viral.
Le tuyau de sortie ne doit jamais retomber dans l’eau brute. Le sac se perce, et le débit dépend à la fois de la hauteur et du colmatage. Ce n’est ni une gourde de marche, ni une paille.
Soleil : bouilloire et SODIS, deux gestes différents
La bouilloire solaire chauffe. On préfiltre les grains avec un linge ou un filtre à café, on expose, et l’on attend que l’eau devienne chaude puis tiède. C’est une ébullition solaire, pas un gadget de goût.
La désinfection solaire, ou SODIS, documentée par Eawag et Sandec puis reprise par l’OMS, relève d’un autre geste : une bouteille PET lisse et incolore, de 2 L au maximum, posée à plat au soleil pendant au moins 6 heures par temps clair, ou deux jours si plus de la moitié du ciel est couverte. Les jours de pluie continue sont exclus, l’eau doit être peu turbide, et l’on boit dans la bouteille pour limiter la recontamination. Il ne s’agit pas d’une distillation, puisque les sels ne sont pas séparés, mais d’une inactivation des pathogènes par les UV-A et la chaleur.
Les deux méthodes réclament du soleil et du temps, et aucune ne traite une eau chimique.
Carafe et osmose : la maison, pas le sac
La carafe filtrante au charbon améliore souvent le goût du robinet, sans constituer un outil de survie en forêt : verre, poids, et cartouche calibrée pour une eau déjà potable. L’image ci-dessous montre d’ailleurs un objet de cuisine, pas un filtre de randonnée.

L’osmose inverse, elle, retient une grande partie des sels, des métaux et des pathogènes. Le CDC la cite comme un filtre capable d’enlever parasites, bactéries, virus et sel. L’appareil tient sous un évier, jamais dans un sac, et relève en autonomie domestique d’un autre budget et d’une autre maintenance.
Ce qu’aucun de ces objets ne fait
Ni la paille, ni les pastilles, ni l’UV, ni la pompe, ni le sac à gravité ne rendent potable une eau chimique, chargée de solvants, de pesticides concentrés ou de carburant, ni une eau radioactive. Dans ces cas, le CDC demande de changer de source ou de passer à de l’eau embouteillée. L’ébullition, quant à elle, concentre parfois les polluants au lieu de les enlever.
Le sel de mer reste du sel après un filtre 0,2 µm : il faut un dessalinisateur, ou de l’eau de pluie.
Enfin, une eau déjà traitée se recontamine dans un récipient sale. Le stockage, avec son jerrican opaque et sa rotation, constitue un autre geste, dans le même silo.
Quel objet pour quel besoin
Pour une personne seule, une source claire et un fond de sac : une paille, des pastilles, ou les deux. Pour une journée de marche avec de l’eau à emporter : une gourde filtrante, ou une bouteille accompagnée d’une paille. Pour un camp familial : la gravité, ou une pompe et des récipients. Face à une eau douteuse côté virus : des pastilles, de l’UV sur eau claire ou une ébullition, jamais la seule membrane 0,2 µm. Et pour une coupure à la maison : des jerricans remplis avant, au robinet encore sûr, plutôt qu’une paille dans la baignoire.
Le matériel ne remplace pas le geste, et le geste ne dit pas quel objet acheter. Les deux pages du cocon restent donc séparées : les méthodes d’un côté, les objets de l’autre.