Abris anti-atomiques

Dosimètre et radiamètre pour particulier : utile, avec des limites

Un dosimètre cumule une dose. Un radiamètre lit un débit. Utile pour un particulier, avec des limites : étalonnage, unités, faux sentiment de sécurité. Ça ne remplace pas FR-Alert.

Radiamètre portatif, carnet de mesures, carte et boussole posés sur une table en bois.

On me montre parfois un petit boîtier, avec cette phrase : « comme ça on saura ». On saura quoi, au juste ? Un chiffre. Or un chiffre n’est ni une alerte, ni un préfet.

Un dosimètre et un radiamètre peuvent servir, mais leur limite pèse autant que leur usage. Ils ne remplacent ni FR-Alert, ni France Bleu, ni l’ordre de tenir 24 heures, 72 heures ou 14 jours dans une pièce avant d’écouter la suite.

Cette page n’est pas un rayon de magasin : ni marque, ni notice inventée en microsieverts. On y parle de l’objet, de ce qu’il mesure et de ce qu’il ne décide pas.

Deux appareils, deux questions

Le premier piège tient aux mots, qu’on confond volontiers.

Un dosimètre répond à une question : combien ai-je reçu depuis que je l’ai mis ? C’est une dose cumulée, un total, comme un compteur kilométrique et non comme un compte-tours.

Un radiamètre, souvent appelé survey meter ou débitmètre, et parfois « Geiger » dans le langage courant, répond à une autre : quel est le débit ici, maintenant, à cet instant et à cet endroit ? C’est le compte-tours, et le chiffre bouge si l’on se déplace, si l’on tourne l’appareil ou si l’on ouvre une fenêtre.

Un compteur Geiger-Müller grand public, lui, compte des impulsions, qu’il affiche parfois en coups par minute et parfois sous forme de débit recalculé. Ce recalcul repose sur des hypothèses d’énergie, de type de rayonnement et d’étalonnage. Sans elles, le nombre relève de la conversation, pas de la mesure de laboratoire.

Dans le travail réglementé, ces objets existent avec un suivi, un étalonnage et une formation. Un particulier qui range un boîtier dans un tiroir n’entre pas dans ce cadre. Son usage possible consiste à voir un changement, à comparer un sous-sol et une entrée, à ne pas prendre un fond de bruit pour une consigne. L’usage dangereux consiste à ouvrir parce que « ça a l’air calme », contre l’alerte, FR-Alert, le PPI et la mise à l’abri.

AppareilCe qu’il indiqueUsage possible chez un particulierLimite honnête
DosimètreDose cumulée (un total dans le temps)Voir si une exposition s’ajoute, heure après heure, dans le localN’ordonne ni de sortir ni de rester. Sans étalonnage, le total est fragile
Radiamètre / débitmètreDébit à un instant, à un endroitComparer une pièce intérieure et une entrée, sans en faire une cartographieUnité, énergie, type de rayonnement. Un point n’est pas le quartier
Compteur Geiger grand publicImpulsions, parfois un débit calculéDétecter un changement par rapport au bruit habituel de cet appareilConfusion d’unités. Pile faible. Faux sentiment de sécurité
Consignes officielles (FR-Alert, préfet, radio)Ce qu’il faut faireDéciderCe n’est pas un chiffre d’écran. C’est l’autorité

L’OSHA, qui s’adresse à un autre public, celui des entreprises, le dit à sa façon : suivre les autorités locales, se rappeler que la règle 7/10 est une règle de pouce pour les retombées d’une détonation, et que pour la précision rien ne remplace une lecture d’instrument, avant de renvoyer une fois de plus aux consignes. Un instrument n’est pas un gouvernement, et en France le plan du SGDSN n’est pas un boîtier de tiroir.

Utile : à quoi ça peut servir

Cela peut servir à ne pas confondre le calme et le danger. Le geste du CDC consiste à gagner un local intérieur, loin des murs, sous-sol ou centre du bâtiment ; un radiamètre, si l’on en a un et s’il fonctionne, peut montrer que le fond n’est pas le même près d’une fenêtre et au milieu de la pièce. C’est une pédagogie de la masse, pas une carte d’état-major.

Cela peut servir à ne pas sortir « voir ». Le geste stupide consiste à ouvrir pour regarder le ciel, et un chiffre, même imparfait, peut rappeler que le dehors n’est pas le sujet : le sujet, c’est la consigne.

Cela peut servir après, si les autorités parlent de relâchement, de retour ou de consignes de nettoyage. Le CDC précise que les secours diront s’il faut décontaminer le logement, et un particulier n’invente pas un protocole avec un jouet de tiroir. Il peut, au mieux, rester prudent et écouter.

Cela peut servir enfin à lire les retombées radioactives, 24 heures et la règle 7/10 avec un peu moins de magie. La règle 7/10 dit qu’un débit de retombées, après une détonation, baisse vite au début ; un appareil ne « prouve » pas la règle, mais peut, s’il est en état, illustrer qu’un débit n’a rien d’une constante. Là encore, explosion et accident de centrale ne relèvent pas de la même physique, et un boîtier ne tranche pas.

La limite de cet usage est simple : un appareil éteint, une pile morte, un capteur saturé ou un modèle aveugle à certains rayonnements, et l’utilité tombe. On en revient à la radio.

Limites : étalonnage, unités, types de rayonnement

L’étalonnage. Un instrument professionnel se vérifie. Un boîtier acheté il y a dix ans et jamais contrôlé affiche encore des chiffres, mais des chiffres de quoi ? D’une électronique vieillie, d’une sonde fatiguée, d’un logiciel d’usine. Sans étalonnage, on a un gadget, pas une mesure opposable. Je n’écris pas ici de fréquence en mois, parce que cela dépend de l’appareil et de sa notice ; j’écris que sans notice et sans contrôle, on ne décide rien.

Les unités. C’est le deuxième piège, et le plus courant. Une dose et un débit n’ont pas la même dimension, un total n’est pas un « par heure », les coups par minute ne sont pas des sieverts, et le gray n’est pas le sievert. Les préfixes, micro et milli, déplacent la virgule de mille. Un particulier stressé mélange tout, et un écran qui affiche trois décimales donne une fausse précision. Je ne publie donc pas de seuil d’action chiffré : je n’en ai pas le droit, et ce n’est pas le rôle d’un article. Les seuils, s’il y en a, viennent des autorités et des notices d’appareils professionnels, pas d’un tableau inventé.

Le type de rayonnement. Alpha, bêta, gamma et X n’appellent pas le même bouclier, rappelle l’OSHA : une feuille arrête l’alpha, l’eau et le plastique parlent plutôt au bêta, le béton et les matériaux denses aux gamma et aux X. Un capteur peut être aveugle à l’un et sensible à l’autre ; un « Geiger » de tiroir est souvent pensé pour un usage gamma et bêta courant. Il ne voit pas tout, et son silence ne signifie pas qu’il n’y a rien.

Le bruit de fond. Un chiffre n’est jamais nul partout : il bouge d’une pièce à l’autre, d’un jour à l’autre, d’une pile à l’autre. Sans avoir regardé cet appareil, ici, un dimanche banal, on ne sait pas ce qu’est « beaucoup ». Et le jour de l’alerte n’est pas le jour pour apprendre l’appareil.

La saturation et les pannes. Un débit élevé peut saturer certains capteurs, ou les faire taire ; une pile faible peut afficher n’importe quoi, ou rien. Un boîtier muet n’est pas une bonne nouvelle, et ce n’est pas davantage une cartographie.

Je n’invente aucune spécification, aucun « tel modèle affiche telle chose ». La notice de votre appareil, si vous en avez un, est le seul texte technique qui compte, et celle-là, je ne la fabrique pas.

Ça ne remplace pas FR-Alert

Le CDC demande d’écouter toujours les instructions supplémentaires des officiels et des experts. Ready.gov dit stay tuned, d’écouter les itinéraires si l’on vous demande d’évacuer, et de ne pas rentrer tant que ce n’est pas dit.

Géorisques demande de rester à l’écoute, de ne prendre l’iode que sur instruction du préfet, de rester à l’abri et de n’évacuer que sur ordre.

FR-Alert arrive sur le téléphone, avec les sirènes, France Bleu et les véhicules à haut-parleur : voilà la décision. Un dosimètre n’envoie pas d’ordre, et un radiamètre n’a pas de PPI.

Le mauvais usage le plus net tient dans cette phrase : « le chiffre est bas, on peut aller chercher les enfants, on peut aérer, on peut aller au jardin ». Or le CDC demande de ne pas sortir chercher les proches, les écoles ont un plan, Géorisques dit la même chose, et un écran ne l’emporte pas.

Le deuxième mauvais usage tient dans celle-ci : « le chiffre a bougé, on panique, on part en voiture ». Une voiture, dit Géorisques, n’est pas une bonne protection : on gagne un bâtiment, et l’on n’invente pas une évacuation familiale contre la consigne.

Le troisième consiste à croire qu’un achat dispense d’un local, d’une radio et d’eau déjà là. L’autonomie d’un logement n’est pas un écran, c’est une pièce, une radio et de l’eau déjà là. Un boîtier ne tient pas une famille.

Faux sentiment de sécurité

C’est la limite qui compte le plus. L’objet rassure, il a un écran, l’écran a l’air savant, et l’on se sent « équipé ». On l’est pourtant moins qu’avec une radio à piles et une porte fermée.

Le CDC et Ready.gov ne commencent pas par « achetez un compteur », mais par : entrez, restez, écoutez. Le kit Ready.gov, c’est un change, un sac poubelle, de l’eau et des médicaments scellés, une radio. Pas un laboratoire de poche.

Un chiffre bas, mal compris, fait ouvrir. Un chiffre haut, mal compris, fait fuir dans la pire direction. Les deux erreurs viennent du même endroit : on a délégué la consigne à un écran.

L’usage honnête, si l’on possède déjà un appareil ou si l’on en prend un en connaissance de cause, est celui d’un complément : on l’a lu, on l’a allumé un jour sans alerte, on connaît son bruit, on sait qu’il ne voit pas tout, et l’on sait que FR-Alert gagne.

Si l’on n’en a pas, on n’est pas « nu » pour autant : on a un bâtiment en dur, une cave ou une pièce intérieure, une radio, des consignes. C’est la doctrine, ce n’est pas un manque.

Ce que je ne ferai pas ici

Je n’écris ni marque, ni code produit, ni « au-dessus de tel chiffre, sortez », ni « en dessous de tel chiffre, c’est bon ». Je n’ai pas de notice d’étalonnage à coller sur internet : ce serait un diagnostic déguisé, et un conseil dangereux.

Je n’écris pas non plus que « seuls les instruments sauvent ». L’OSHA parle d’instruments dans un cadre professionnel, après une détonation, pour des planificateurs et des secours. Un particulier français n’est pas ce public : il est celui de Géorisques, avec l’abri, l’écoute, l’iode sur ordre et l’évacuation sur ordre.

Et je n’invente aucun scénario où tous les réseaux seraient morts et où le boîtier deviendrait le gouvernement. Ready.gov et le CDC demandent d’avoir plusieurs voies, dont la radio, et l’OFPP suisse aussi, dans ses abris. La radio reste le plan B de l’alerte, pas le compteur.

Ranger l’objet, si on en a un

S’il dort déjà dans un tiroir, on lit la notice, on vérifie la pile, on l’allume une fois, au calme, au même endroit. On note sur un papier ce qu’il affiche d’habitude, avec l’unité écrite, on range la notice avec l’objet, et on ne le laisse pas aux enfants comme un jouet.

Le jour d’une alerte, on s’occupe d’abord du local, des portes, de la radio et des enfants. L’appareil vient après, si l’on a la tête à cela, et pas l’inverse.

S’il n’y en a pas, ce n’est pas grave : la page de garde du dossier abris anti-atomiques ne commence pas par un capteur, mais par ce que l’État demande. C’est l’ordre juste.

Utile, avec des limites, donc. La dose cumulée d’un côté, le débit de l’autre, et FR-Alert au milieu. Le chiffre n’a pas le dernier mot : chez nous, le dernier mot revient à la consigne, et au calme dans la pièce.