Abris anti-atomiques

Alerte nucléaire : FR-Alert, PPI et mise à l'abri

Sirènes SAIP, FR-Alert et PPI à 20 km des centrales : la mise à l'abri dans un bâtiment en dur, l'iode sur ordre du préfet, l'évacuation seulement si on vous le dit.

Smartphone posé sur une table, écran rouge d’alerte, salon à la tombée du jour avec la silhouette de Paris en fond.

Une alerte n’est pas un décor : c’est un signal, puis un geste. En France, le geste demandé consiste d’abord à entrer.

Si l’on habite près d’une centrale, le papier utile s’appelle un PPI ; le reste du pays a les mêmes sirènes et le même téléphone. Cette page dit comment on est prévenu, et ce qu’on fait dans la minute.

Le vocabulaire du pays se trouve dans ce que « abri anti-atomique » veut dire vraiment en France. Ici, on reste sur l’alerte, et la page de garde du dossier abris anti-atomiques présente l’ensemble des articles.

Deux canaux, un même ordre

Les autorités disposent de deux façons de vous joindre, qui peuvent arriver ensemble, et dont aucune n’est un décor.

La première, ce sont les sirènes du SAIP, le système d’alerte et d’information des populations, qu’on entend dehors et parfois à travers une fenêtre ouverte. La seconde, c’est FR-Alert, sur le téléphone.

Le contenu du message est la consigne, et non votre interprétation du bruit : on rentre, on ferme, on écoute.

Depuis le 1er janvier 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a pris la suite de l’ASN et de l’IRSN, si bien qu’on ne dit plus « l’ASN » toute seule. Le plan national de réponse à un accident nucléaire ou radiologique majeur du SGDSN, dans sa version de juin 2024, dit ce que l’État prévoit ; la page Géorisques sur l’accident nucléaire dit, elle, ce que fait une famille dans la minute.

La sirène : trois cycles, puis le silence

Géorisques et les préfectures décrivent le signal d’alerte nucléaire de la même façon : la sirène retentit trois fois, chaque cycle durant 1 minute 41 secondes, la fin d’alerte étant un autre signal, plus court, de 30 secondes.

Ce n’est ni la sirène des pompiers du coin, ni un essai qu’on ignore parce qu’on est occupé. Le premier mercredi du mois, le réseau est testé, et l’on connaît ce son pour l’avoir déjà entendu. Le jour où ce n’est pas un test, le message ne s’arrête pas au bruit : il continue sur la radio, sur le site de la préfecture et sur FR-Alert.

Dès le signal, Géorisques est clair :

  • se mettre à l’abri dans un bâtiment en dur ;
  • fermer portes et fenêtres ;
  • couper la ventilation ;
  • si l’on est dans un véhicule, en sortir et gagner un bâtiment le plus vite possible.

Un véhicule n’est pas une bonne protection : c’est écrit tel quel. La tôle d’une voiture n’est pas un mur, et le coffre n’est pas une cave. On ne « finit pas le trajet » : on s’arrête, on entre.

FR-Alert : le téléphone, même en silencieux

FR-Alert est le dispositif d’alerte et d’information des populations, déployé sur le territoire national fin juin 2022. Il prévient en temps réel toute personne qui a un téléphone portable et se trouve dans une zone de danger, en indiquant le danger et le comportement à adopter.

Ce n’est ni une application à installer, ni un SMS envoyé numéro par numéro, mais de la diffusion cellulaire (cell broadcast) : les antennes envoient le même message à tous les téléphones allumés qui captent le réseau. Cela n’encombre pas le réseau et ne suppose aucun accès à votre carnet d’adresses.

La notification peut s’accompagner d’un signal sonore spécifique, même si le téléphone est en mode silencieux et même verrouillé. Un téléphone éteint ou en mode avion, en revanche, ne la reçoit pas.

Quand le message arrive, on le lit jusqu’au bout et l’on applique ce qui est écrit. Géorisques demande par ailleurs d’éviter de téléphoner, pour laisser les réseaux aux secours.

On reste ensuite à l’écoute. L’ASNR cite France Bleu, France 3 et les sites des préfectures comme canaux pour les consignes, notamment pour l’iode, et les véhicules à haut-parleur existent aussi, au plus près du terrain.

Le PPI : 20 km autour d’un CNPE

Le plan particulier d’intervention, le PPI, n’est pas un slogan : c’est le dispositif de l’État autour d’une installation susceptible, en cas d’accident, d’avoir des effets hors du site. Autour des centres nucléaires de production d’électricité (CNPE), ce rayon de planification est de 20 km, après une extension de 10 à 20 km en 2019. Chaque centrale a le sien, et le préfet prend la direction des opérations si l’événement peut sortir du site.

L’affiche Géorisques « Que faire en cas d’accident nucléaire » dresse trois gestes préventifs pour les personnes qui habitent à moins de 20 km d’une centrale. Ce n’est pas une lecture du PPI, et ce n’est pas non plus la page du kit 72 h, qui reste un sac tous risques :

  1. Demander en mairie les brochures de la préfecture et de l’exploitant. Elles rappellent le signal et la conduite à tenir.
  2. Retirer les comprimés d’iode dans les pharmacies partenaires, selon la campagne en cours. C’est une précaution de zone, pas un traitement du quotidien.
  3. Préparer un kit d’urgence 72 h : papiers, médicaments habituels, eau et nourriture du placard, une radio.

Hors de cette zone, il n’y a pas de boîte d’iode dans chaque cuisine : l’État a ses stocks et ses circuits de distribution. On n’achète donc pas « au cas où » sur un forum, on attend l’ordre s’il arrive.

Le PPI n’est pas pour autant une clôture magique. Le plan SGDSN le rappelle : les mesures peuvent s’appliquer plus près, ou plus loin. Le rayon sert à préparer, et c’est là qu’il y a déjà des pharmacies, des écoles briefées et un plan.

Mise à l’abri d’abord, évacuation seulement sur ordre

L’ASNR distingue trois familles d’actions, qui ne se valent pas et ne se choisissent pas à la maison.

La mise à l’abri est immédiatement applicable, surtout pour un accident à déroulement rapide : le bâtiment en dur atténue les rayonnements, et les locaux clos et peu ventilés réduisent l’entrée de particules et de gaz. C’est le réflexe, celui de Géorisques, et celui de cette page.

L’évacuation vise à soustraire la population à des rejets importants et longs, si possible avant qu’ils ne commencent ou tant qu’ils restent faibles. Ce n’est pas un départ improvisé, ni un « on prend la nationale parce que le voisin part » : c’est un ordre, un itinéraire, un moment.

Viennent ensuite, le cas échéant, des interdictions de produire ou de consommer certaines denrées. Pour l’eau, le lait et les produits frais, on attend la consigne, et l’on ne vide pas le frigo par hypothèse.

Géorisques ferme d’ailleurs la porte à l’initiative personnelle : rester à l’abri, et n’évacuer son domicile que sur ordre des autorités. La fin d’alerte, ce signal de 30 secondes, n’est pas un feu vert pour sortir se balader : on attend la confirmation, on lit FR-Alert, on écoute la radio.

Les enfants, l’école, la voiture

Le réflexe de parent consiste à aller chercher les enfants. Géorisques dit le contraire, et il a raison de le dire fort.

Ne pas aller chercher ses enfants. Ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques ou les secours, l’école a un plan, la crèche aussi. Sortir, reprendre la voiture, s’exposer, croiser d’autres parents sur le parking, c’est ajouter du monde dehors au moment où l’on demande à tout le monde d’entrer. On ne rend service à personne, on se met sur la route.

Si l’alerte vous trouve au volant, on sort du véhicule et l’on gagne un bâtiment, commerce, immeuble ou bureau. On n’attend pas « le bon abri » et l’on n’essaie pas de rentrer à 12 km : un toit et des murs, tout de suite.

On ne touche pas non plus aux objets restés dehors, à commencer par les véhicules. S’il pleut, on laisse dehors ce qui a pu être mouillé. Et l’on se lave les parties découvertes dès qu’on est à l’abri, si l’on a été dehors.

Iode : uniquement sur ordre du préfet

La page ASNR sur l’iode est nette : le comprimé d’iode stable, l’iodure de potassium, protège la thyroïde contre l’iode radioactif. Il ne protège ni du césium, ni des rayonnements gamma, et il ne remplace pas le bâtiment.

On le prend immédiatement lorsque le préfet en donne la consigne, et uniquement à ce moment-là : ni avant « pour être prêt », ni après coup parce qu’un voisin l’a fait. Toute nouvelle prise, elle aussi, se fait sur instructions.

L’ASNR indique une fenêtre : idéalement dans les quelques heures avant le passage des particules et gaz, au plus tard dans les 8 heures après. D’où l’ordre, plutôt que l’improvisation. Pour les personnes qui n’ont pas de comprimés au moment de l’accident, une distribution d’urgence est organisée dans des lieux collectifs définis par le préfet ; hors zone PPI, ce sont les stocks de l’État.

Reste la contre-indication médicale. Ce n’est pas un diagnostic posé ici, c’est la phrase de Géorisques : si vous avez une maladie de la thyroïde ou une hypersensibilité connue à l’iode, cela se parle avec votre médecin, avant, et non le jour de l’alerte, au milieu du salon.

Tableau : alerte, geste, ce qu’on ne fait pas

Alerte ou messageGesteCe qu’on ne fait pas
Sirène, 3 cycles de 1 min 41 sEntrer dans un bâtiment en dur, fermer portes et fenêtres, couper la ventilationRester dehors, « finir une course », rester dans la voiture
FR-Alert (même en silencieux)Lire le message jusqu’au bout, appliquer la consigne écriteIgnorer, appeler tout le répertoire, chercher une rumeur
Vous êtes au volantSortir du véhicule, gagner un bâtiment tout de suiteContinuer, se croire protégé par la tôle
Enfants à l’école ou à la crècheRester où l’on est, l’établissement les gardeAller les chercher, encombrer le parking
Ordre de mise à l’abriRester, écouter radio et FR-Alert, limiter les appelsOuvrir pour « voir », aérer, bricoler un filtre
Ordre de prise d’iodePrendre le comprimé si le préfet le dit, selon la noticeLe prendre sans ordre, le donner « au cas où »
Ordre d’évacuationPartir selon l’itinéraire et le moment ditsPartir de soi-même, improviser la nationale
Signal de fin d’alerte (30 s)Attendre la confirmation des autoritésSortir au premier silence
Pluie, objets dehorsLaisser dehors ce qui est mouillé ou resté à l’airRentrer le linge, essuyer la voiture, ramener les jouets

Ce tableau n’ajoute rien aux notices, il les aligne. Le jour où il sert, on n’a pas besoin d’un roman, on a besoin d’une ligne.

Ce que cette page ne promet pas

Elle ne transforme pas votre maison en ouvrage homologué. Transformer une cave en pièce de confinement est un autre texte, qui parle d’un local intérieur, d’ouvertures fermées et d’une VMC coupée. Ce n’est ni un sas, ni un filtre NRBC.

Elle ne dit pas non plus qu’il existe en France un réseau d’abris civils comparable à celui de la Suisse ; c’est le sujet du comparatif des abris publics en France, en Suisse et en Suède. Ici, la doctrine française tient en une phrase : bâtiment en dur, consignes, iode sur ordre.

Elle ne dit pas de stocker de l’iode hors campagne, ni d’évacuer « au feeling ». FR-Alert n’est remplacé ni par une cave, ni par un parking, ni par un devis.

La limite pèse ici autant que l’usage. L’usage : entrer et écouter. La limite : le bâtiment de tout le monde n’est pas un laboratoire, et le téléphone n’arrive pas s’il est éteint.

Avant l’alerte, trois gestes

  1. Lire le PPI de sa préfecture, une fois. Pas le jour J.
  2. Dire à la maison que l’école garde les enfants. C’est la consigne, pas un abandon.
  3. Savoir couper la VMC. Savoir quelle pièce est la plus intérieure.

Le premier mercredi du mois, la sirène s’essaie, et l’on peut montrer aux enfants que c’est le test. L’autre jour, s’il arrive, on rentre, on ferme, on écoute. Géorisques tient en une affiche, et le jour où FR-Alert vibre, même en silencieux, on lit, puis on entre.