Abris anti-atomiques

Abris publics : ce qui existe en France, en Suisse et en Suède

Suisse : ~370 000 abris, ~9 millions de places. Suède : ~64 000 skyddsrum, ~7 millions. France : pas de réseau civil comparable recensé, doctrine de mise à l'abri.

Trois pays, trois papiers d’État. On ne les mélange pas.

La Suisse donne des chiffres d’abris. La Suède aussi. La France donne une doctrine de mise à l’abri. Cette page tient les trois à leur place. Elle remonte vers alerte, FR-Alert et mise à l’abri, parce que c’est ça, chez nous, le geste du jour J.

Ce qu’on compare, ce qu’on ne compare pas

Un abri public suisse, c’est un local conçu, ventilé, avec porte et volets, prévu pour un conflit armé, aussi utilisable pour d’autres accidents. Un skyddsrum suédois, c’est la même famille : un local de défense civile, avec un délai pour le rendre prêt. Un parking français, une cave d’immeuble, un métro : ce sont des volumes en dur. Ils aident. Ils n’entrent pas dans un décompte national d’abris civils, parce que ce décompte, en France, n’est pas publié comme en Suisse.

On ne fabrique pas un chiffre français « pour faire joli ». Ce que « abri anti-atomique » veut dire vraiment en France, c’est d’abord cette distinction. Ici, on la documente avec les sources des voisins.

Depuis le 1er janvier 2025, l’ASNR a fusionné ASN et IRSN. Ça change l’autorité de sûreté. Ça ne crée pas un réseau d’abris.

Suisse : l’OFPP publie le compte

L’Office fédéral de la protection de la population (OFPP, ou BABS en allemand) est net. En Suisse, chaque habitant doit disposer d’une place protégée. Environ 370 000 abris privés et publics offrent environ neuf millions de places. Taux de couverture supérieur à 100 %, avec des différences entre cantons et des lacunes locales. La brochure d’information de l’OFPP reprend les mêmes ordres de grandeur.

Ce n’est pas un catalogue de vendeurs. C’est une politique publique, depuis les années 1960 : obligation de construire. Elle reste en vigueur, surtout pour combler les trous et suivre la population. Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’entretien de l’existant. Les propriétaires d’immeubles, quand il manque des places dans la commune, doivent réaliser, équiper et entretenir des abris lors de la construction d’habitations. En règle générale, pour les grands ensembles (à partir de 38 pièces ou 25 places protégées). Sinon, contribution de remplacement. Les communes construisent des abris publics là où ça manque.

L’abri suisse n’est pas un salon. C’est une construction souterraine, le plus souvent au sous-sol. Enveloppe en béton armé. Portes et volets. Sortie de secours. Ventilation avec prise d’air, valve, préfiltre, filtre à gaz, soupape de surpression. Les plus grands ont un sas. En temps de paix, ça sert de cave, de local, d’archive. On n’y touche pas l’enveloppe ni la ventilation sans autorisation.

Délai : cinq jours. Si les autorités ordonnent l’occupation, les abris doivent pouvoir être rendus opérationnels dans ce délai. On vide. On installe lits et toilettes sèches. Ce n’est pas « ouvert en 30 secondes comme au cinéma ». C’est un ordre, puis un aménagement. L’attribution des places est planifiée par les cantons ou les communes. Elle n’est pas collée sur chaque boîte aux lettres en temps ordinaire. On la communique quand la situation l’exige.

L’OFPP le dit : ces ouvrages sont conçus d’abord pour un conflit armé. Ils peuvent aussi servir, par exemple, lors d’un accident de centrale. Ce n’est pas la même chose que la mise à l’abri française dans le bâtiment du quotidien. C’est un réseau, avec des normes, des contrôles (au moins tous les dix ans), un financement.

Pour une famille française qui lit ça, la leçon n’est pas « ils ont, nous n’avons rien, donc panique ». C’est : voilà ce qu’un État publie quand il a choisi cette voie. Nous, l’État a choisi l’alerte et le bâtiment en dur. On ne convertit pas l’un en l’autre par un article de blog.

Suède : le MSB compte les skyddsrum

Krisinformation.se, le portail d’information de crise, s’appuie sur le MSB (l’agence suédoise de la protection civile). Chiffres publiés : environ 64 000 abris de défense civile (civil defense shelters, skyddsrum), pour environ sept millions de places.

En temps de paix, ces locaux servent à autre chose. En cas de niveau d’alerte élevé, ils doivent être prêts à l’usage en deux jours (48 heures). Une fois prêts : eau, chauffage, ventilation, toilettes. Krisinformation avertit : en situation de guerre, chaleur et électricité peuvent manquer, y compris dans l’abri. On emporte vêtements chauds et nourriture.

Le propriétaire de l’immeuble est responsable du fonctionnement et de l’équipement. C’est lui qui ouvre. Vider la pièce, installer la ventilation, les réservoirs, les toilettes : ça peut être un travail collectif des habitants. Chaque abri a un local de matériel, des outils, une notice.

Ce que ça protège, selon la même page : souffle et éclats d’une bombe à proximité, pas forcément un impact direct. Aussi : gaz, radioactivité, agents biologiques. On va à l’abri le plus proche. S’il est plein, au suivant. Une carte existe, côté suédois.

Délai de 48 h, pas 5 minutes. Comme en Suisse, l’ouvrage n’est pas « le métro qu’on ouvre en courant ». C’est un local identifié, à préparer.

France : pas de réseau civil comparable recensé

On cherche le tableau français équivalent : nombre d’abris, nombre de places, taux de couverture. On ne le trouve pas dans les pages d’État qui organisent l’accident nucléaire. Géorisques ne le donne pas. L’ASNR ne le donne pas. Le plan SGDSN de juin 2024 organise l’alerte, la mise à l’abri, l’iode, l’évacuation. Il n’inventorie pas 370 000 caves homologuées.

Donc on n’écrit pas de chiffre national français. Ni « 200 000 ». Ni « presque zéro ». Ni une interpolation entre la Suisse et la Suède. Ce qui n’est pas recensé n’est pas dans cette page.

Ce qui est officiel, chez nous :

  • Sirènes SAIP, FR-Alert depuis fin juin 2022.
  • PPI à 20 km autour des CNPE.
  • Mise à l’abri dans un bâtiment en dur, portes fermées, ventilation coupée.
  • Iode uniquement sur ordre du préfet.
  • Évacuation uniquement sur ordre.
  • L’école garde les enfants.
  • Le véhicule n’est pas une bonne protection.

C’est la page Géorisques, déjà déroulée plus haut dans ce silo.

Il existe, en France, des locaux techniques, des sous-sols d’immeubles, des parcs de stationnement, des stations de métro, des caves privées. Certains aident, par la masse. Aucun de ces volumes n’équivaut, sur le papier, à un abri OFPP avec filtre, sas et délai de mise en œuvre de cinq jours. Les coller dans un « réseau » serait un effet de style. On ne le fait pas.

La page de garde du dossier abris anti-atomiques le pose dès l’entrée : doctrine d’abord, catalogue de bunkers ensuite, s’il vient. Cette page-ci, c’est le milieu du silo « sans bunker ».

Tableau : ce qui est officiel, ce qui ne l’est pas

Suisse (OFPP)Suède (MSB / krisinformation)France
Chiffre d’abris publiéOui : ~370 000 abris privés et publicsOui : ~64 000 skyddsrumNon : pas de décompte civil comparable recensé
Places publiées~9 millions, couverture > 100 % (écarts cantonaux)~7 millionsNon publié sous cette forme
Obligation de construireOui, encore en vigueur (grands ensembles, lacunes)Réseau historique de défense civile, propriétaires responsablesPas d’obligation générale d’abri familial type OFPP
Délai pour rendre opérationnel5 jours après ordre d’occupation48 h en cas de niveau d’alerte élevéSans objet à l’échelle d’un réseau national du même type
Ce que c’est, sur le papierOuvrage normalisé, ventilation, filtre, souvent sas sur les grandsLocal de défense civile, eau, chauffage, ventilation, toilettes une fois prêtBâtiment en dur du quotidien + PPI + alerte
Doctrine du jour J (accident)Alerte (sirènes, Alertswiss) ; les abris peuvent aussi servirCarte des abris, consigne d’y aller selon la situationEntrer, fermer, couper la ventilation, écouter FR-Alert
IodeAutre dispositif sanitaire, pas le sujet de l’OFPP iciHors fiche krisinformation citéeUniquement sur ordre du préfet
Ce qu’on n’a pas le droit d’écrireQu’il n’y a « plus » d’abris suissesQue 64 000 = 9 millionsUn effectif national d’abris « comme en Suisse »

Lire surtout la dernière ligne. C’est la ligne de cette page.

Ce que ça change pour une famille en France

Ça change le dimanche, pas le roman.

On ne cherche pas « son » abri attribué sur une carte nationale. Cette carte, côté français, n’est pas l’équivalent suisse. On cherche son PPI si l’on est à moins de 20 km d’un CNPE. On cherche l’interrupteur de VMC. On cherche la pièce intérieure. On apprend le signal : trois cycles de 1 minute 41 secondes, fin d’alerte 30 secondes, test le premier mercredi du mois. On sait que FR-Alert peut sonner même en silencieux.

On ne croit pas non plus que « rien n’existe ». Le bâtiment en dur existe. L’école a un plan. Les pharmacies du PPI ont (ou ont eu) des campagnes d’iode. Les préfectures ont des pages. Le SGDSN a un plan de juin 2024. C’est une organisation. Ce n’est pas 370 000 portes blindées.

Si l’on habite en Suisse, ou si on y séjourne, la source c’est l’OFPP, la commune, la protection civile. Pas cette page. Si l’on habite en Suède, c’est la carte MSB et krisinformation. On n’importe pas leurs délais de 5 jours ou de 48 h dans une cave française : ces délais servent à vider et équiper un ouvrage déjà conçu. Ils ne s’appliquent pas à un cellier.

Limite, aussi forte que l’usage. L’usage : arrêter de coller un mot, « abri », sur trois pays différents. La limite : ça n’évalue pas votre sous-sol, ça ne vend rien.

Y a-t-il un réseau chiffré type OFPP en France ? Non, pas dans les sources d’État sur l’accident nucléaire. Des locaux en dur, oui. Un décompte national, non.

La mise à l’abri sert-elle encore ? Oui. C’est ce que Géorisques demande en premier. L’absence d’un décompte type Suisse n’annule pas un mur. Additionner caves, parkings et métros pour « rattraper » 9 millions, ce serait inventer un chiffre. On ne le fait pas.

Le jour d’une alerte en France, on n’attend pas un numéro d’abri attribué. On reçoit FR-Alert, ou on entend la sirène. On entre. Les détails du local, c’est le DIY de la cave. Les volumes urbains, autre fiche. Sans marchand ce soir.

Je range ça comme je range le PPI : une fois, pour de bon. La Suisse a ~370 000 abris et ~9 millions de places, couverture au-delà de 100 %. La Suède a ~64 000 skyddsrum et ~7 millions de places, 48 h pour les rendre prêts. La France a une alerte, un PPI, une consigne d’entrer. Les trois phrases sont vraies en même temps. Aucune ne remplace les deux autres.