Trois pays, trois papiers d’État, qu’on se garde de mélanger.
La Suisse donne des chiffres d’abris, la Suède aussi, et la France donne une doctrine de mise à l’abri. Cette page tient les trois à leur place, en s’appuyant sur alerte, FR-Alert et mise à l’abri, parce que c’est cela, chez nous, le geste du jour J.
Ce qu’on compare, ce qu’on ne compare pas
Un abri public suisse est un local conçu et ventilé, avec porte et volets, prévu pour un conflit armé et utilisable aussi pour d’autres accidents. Un skyddsrum suédois appartient à la même famille : un local de défense civile, avec un délai pour le rendre prêt. Un parking français, une cave d’immeuble ou un métro sont, eux, des volumes en dur. Ils aident, mais ils n’entrent dans aucun décompte national d’abris civils, parce que ce décompte, en France, n’est pas publié comme en Suisse.
Je ne fabrique donc pas un chiffre français « pour faire joli ». Ce que « abri anti-atomique » veut dire vraiment en France part précisément de cette distinction ; ici, on la documente avec les sources des voisins.
Depuis le 1er janvier 2025, l’ASNR a fusionné l’ASN et l’IRSN. Cela change l’autorité de sûreté, cela ne crée pas un réseau d’abris.
Suisse : l’OFPP publie le compte
L’Office fédéral de la protection de la population (OFPP, ou BABS en allemand) est net : en Suisse, chaque habitant doit disposer d’une place protégée, et environ 370 000 abris privés et publics offrent environ neuf millions de places, pour un taux de couverture supérieur à 100 %, avec des différences entre cantons et des lacunes locales. La brochure d’information de l’OFPP reprend les mêmes ordres de grandeur.
Ce n’est pas un catalogue commercial, mais une politique publique qui date des années 1960 et repose sur une obligation de construire. Elle reste en vigueur, surtout pour combler les trous et suivre la population, l’accent portant aujourd’hui sur l’entretien de l’existant. Quand il manque des places dans la commune, les propriétaires d’immeubles doivent réaliser, équiper et entretenir des abris lors de la construction d’habitations, en règle générale pour les grands ensembles à partir de 38 pièces ou 25 places protégées ; à défaut, ils versent une contribution de remplacement. Les communes, elles, construisent des abris publics là où cela manque.
L’abri suisse n’est pas un salon, c’est une construction souterraine, le plus souvent au sous-sol : enveloppe en béton armé, portes et volets, sortie de secours, ventilation avec prise d’air, valve, préfiltre, filtre à gaz et soupape de surpression, un sas venant s’ajouter sur les plus grands. En temps de paix, il sert de cave, de local ou d’archive, sans qu’on touche à l’enveloppe ni à la ventilation sans autorisation.
Le délai est de cinq jours. Si les autorités ordonnent l’occupation, les abris doivent pouvoir être rendus opérationnels dans ce laps de temps : on les vide, on installe lits et toilettes sèches. Ce n’est pas « ouvert en 30 secondes comme au cinéma », c’est un ordre, puis un aménagement. L’attribution des places est planifiée par les cantons ou les communes, elle n’est pas affichée sur chaque boîte aux lettres en temps ordinaire, et elle est communiquée quand la situation l’exige.
L’OFPP le précise : ces ouvrages sont conçus d’abord pour un conflit armé, et peuvent aussi servir, par exemple, lors d’un accident de centrale. Ce n’est donc pas la même chose que la mise à l’abri française dans le bâtiment du quotidien : c’est un réseau, avec des normes, des contrôles au moins tous les dix ans, et un financement.
Pour une famille française qui lit cela, la leçon n’est pas « ils ont, nous n’avons rien, donc panique », mais : voilà ce qu’un État publie quand il a choisi cette voie. Chez nous, l’État a choisi l’alerte et le bâtiment en dur, et un article ne convertit pas l’un en l’autre.
Suède : le MCF compte les skyddsrum
Depuis le tournant 2025/2026, la carte des abris et la responsabilité relèvent du MCF (Myndigheten för civilt försvar), l’agence suédoise de la défense civile, dont la carte des skyddsrum recense environ 64 000 locaux.
Les chiffres et le délai se lisent aussi sur Krisinformation.se, le portail d’information de crise : environ 64 000 abris de défense civile (civil defense shelters, skyddsrum), pour environ sept millions de places. En temps de paix, ces locaux servent à autre chose ; en cas de niveau d’alerte élevé, ils doivent être prêts à l’usage en deux jours, soit 48 heures. Le lien « shelter map » de cette page pointe vers le MCF.
Une fois prêts, ils offrent eau, chauffage, ventilation et toilettes. Krisinformation avertit toutefois qu’en situation de guerre, la chaleur et l’électricité peuvent manquer, y compris dans l’abri, et qu’il faut donc emporter vêtements chauds et nourriture.
En bas de la même page, une checklist « What should I bring », qui liste eau, nourriture, médicaments, vêtements chauds, papiers et lampe, reste sourcée MSB (The Swedish Civil Contingencies Agency). Ce n’est plus l’agence qui tient la carte, et l’on ne fusionne pas les deux.
Le propriétaire de l’immeuble est responsable du fonctionnement et de l’équipement, et c’est lui qui ouvre. Vider la pièce, installer la ventilation, les réservoirs et les toilettes peut être un travail collectif des habitants, chaque abri disposant d’un local de matériel, d’outils et d’une notice.
Ce que cela protège, selon Krisinformation : le souffle et les éclats d’une bombe à proximité, pas forcément un impact direct, ainsi que les gaz, la radioactivité et les agents biologiques. On se rend à l’abri le plus proche, et au suivant s’il est plein, la carte de référence étant côté suédois celle du MCF.
Le délai est de 48 h, pas de 5 minutes. Comme en Suisse, l’ouvrage n’est pas « le métro qu’on ouvre en courant » : c’est un local identifié, qu’il faut préparer.
France : pas de réseau civil comparable recensé
On cherche le tableau français équivalent, avec son nombre d’abris, son nombre de places et son taux de couverture, et on ne le trouve pas dans les pages d’État qui organisent l’accident nucléaire. Géorisques ne le donne pas, l’ASNR non plus, et le plan SGDSN de juin 2024 organise l’alerte, la mise à l’abri, l’iode et l’évacuation sans inventorier 370 000 caves homologuées.
Je n’écris donc pas de chiffre national français, ni « 200 000 », ni « presque zéro », ni une interpolation entre la Suisse et la Suède. Ce qui n’est pas recensé n’a pas sa place dans cette page.
Ce qui est officiel, chez nous, tient dans cette liste :
- Sirènes SAIP, FR-Alert depuis fin juin 2022.
- PPI à 20 km autour des CNPE.
- Mise à l’abri dans un bâtiment en dur, portes fermées, ventilation coupée.
- Iode uniquement sur ordre du préfet.
- Évacuation uniquement sur ordre.
- L’école garde les enfants.
- Le véhicule n’est pas une bonne protection.
C’est la page Géorisques, déjà déroulée plus haut dans ce dossier.
Il existe bien, en France, des locaux techniques, des sous-sols d’immeubles, des parcs de stationnement, des stations de métro et des caves privées, et certains aident, par la masse. Aucun de ces volumes n’équivaut pourtant, sur le papier, à un abri OFPP avec filtre, sas et délai de mise en œuvre de cinq jours. Les rassembler dans un « réseau » relèverait de l’effet de style, et je m’en abstiens.
La page de garde du dossier abris anti-atomiques le pose dès l’entrée : la doctrine d’abord, puis, pour qui le souhaite, la lecture d’un projet privé. Cette page-ci reste du côté de ce qui existe déjà, sans ouvrage dédié.
Tableau : ce qui est officiel, ce qui ne l’est pas
| Suisse (OFPP) | Suède (MCF / krisinformation) | France | |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’abris publié | Oui : ~370 000 abris privés et publics | Oui : ~64 000 skyddsrum | Non : pas de décompte civil comparable recensé |
| Places publiées | ~9 millions, couverture > 100 % (écarts cantonaux) | ~7 millions | Non publié sous cette forme |
| Obligation de construire | Oui, encore en vigueur (grands ensembles, lacunes) | Réseau historique de défense civile, propriétaires responsables | Pas d’obligation générale d’abri familial type OFPP |
| Délai pour rendre opérationnel | 5 jours après ordre d’occupation | 48 h en cas de niveau d’alerte élevé | Sans objet à l’échelle d’un réseau national du même type |
| Ce que c’est, sur le papier | Ouvrage normalisé, ventilation, filtre, souvent sas sur les grands | Local de défense civile, eau, chauffage, ventilation, toilettes une fois prêt | Bâtiment en dur du quotidien + PPI + alerte |
| Doctrine du jour J (accident) | Alerte (sirènes, Alertswiss) ; les abris peuvent aussi servir | Carte des abris, consigne d’y aller selon la situation | Entrer, fermer, couper la ventilation, écouter FR-Alert |
| Iode | Autre dispositif sanitaire, pas le sujet de l’OFPP ici | Hors fiche krisinformation citée | Uniquement sur ordre du préfet |
| Ce qu’on n’a pas le droit d’écrire | Qu’il n’y a « plus » d’abris suisses | Que 64 000 = 9 millions | Un effectif national d’abris « comme en Suisse » |
C’est surtout la dernière ligne qu’il faut lire : c’est la ligne de cette page.
Ce que ça change pour une famille en France
Cela change le dimanche, pas le roman.
On ne cherche pas « son » abri attribué sur une carte nationale, puisque cette carte, côté français, n’a pas d’équivalent suisse. On cherche plutôt son PPI si l’on habite à moins de 20 km d’un CNPE, l’interrupteur de VMC, la pièce intérieure. On apprend le signal, trois cycles de 1 minute 41 secondes, une fin d’alerte de 30 secondes, un test le premier mercredi du mois. Et l’on sait que FR-Alert peut sonner même en silencieux.
On ne croit pas non plus que « rien n’existe ». Le bâtiment en dur existe, l’école a un plan, les pharmacies du PPI ont eu ou ont encore des campagnes d’iode, les préfectures ont des pages, et le SGDSN a un plan de juin 2024. C’est une organisation, ce ne sont pas 370 000 portes blindées.
Si l’on habite en Suisse, ou si l’on y séjourne, la source reste l’OFPP, la commune et la protection civile, pas cette page. En Suède, ce sont la carte du MCF et Krisinformation. Et l’on n’importe pas leurs délais de cinq jours ou de 48 h dans une cave française : ces délais servent à vider et équiper un ouvrage déjà conçu, ils ne s’appliquent pas à un cellier.
La limite pèse ici autant que l’usage. L’usage, c’est d’arrêter de coller le mot « abri » sur trois pays différents ; la limite, c’est que cela n’évalue en rien votre sous-sol.
Y a-t-il un réseau chiffré type OFPP en France ? Non, pas dans les sources d’État sur l’accident nucléaire. Des locaux en dur, oui ; un décompte national, non.
La mise à l’abri sert-elle encore ? Oui, et c’est même ce que Géorisques demande en premier. L’absence d’un décompte à la suisse n’annule pas un mur, et additionner caves, parkings et métros pour « rattraper » neuf millions reviendrait à inventer un chiffre.
Le jour d’une alerte en France, on n’attend pas un numéro d’abri attribué : on reçoit FR-Alert, ou l’on entend la sirène, et l’on entre. Les détails du local relèvent du bricolage de la cave, et les volumes urbains d’une autre fiche.
La Suisse a environ 370 000 abris et neuf millions de places, avec une couverture au-delà de 100 %. La Suède a environ 64 000 skyddsrum et sept millions de places, prêts en 48 h. La France a une alerte, un PPI et une consigne d’entrer. Les trois phrases sont vraies en même temps, et aucune ne remplace les deux autres.