Abris anti-atomiques

Transformer une cave en pièce de confinement

Un local intérieur, des ouvertures fermées, une VMC coupée : ce que le CDC appelle Get Inside. Utile le jour d'une alerte. Ce n'est pas un abri NRBC homologué.

Cave en pierre aménagée en pièce de confinement : étagères de bocaux, cartons, porte intérieure et éclairage sobre.

On ne coule pas de béton un dimanche. On choisit une pièce, et l’on apprend à la fermer.

Cette page relève du bricolage de maison, pas d’une homologation ni d’un essai terrain. Les notices disent d’entrer ; je dis comment, chez soi, sans se raconter d’histoire.

Elle s’appuie sur alerte, FR-Alert et mise à l’abri, où se trouvent la sirène, le téléphone et l’ordre. Ici, on parle du local une fois qu’on a entendu.

Ce que les autorités demandent, concrètement

Géorisques demande de se mettre à l’abri dans un bâtiment en dur, de fermer portes et fenêtres et de couper la ventilation. L’ASNR précise le but : atténuer les rayonnements par la structure, et limiter la contamination en restant dans des locaux clos et peu ventilés.

Le CDC américain, sur sa page Get Inside mise à jour le 15 avril 2024, décrit la même famille de gestes pour une urgence radiologique, qu’il s’agisse d’un accident de centrale, d’une explosion ou d’un autre rejet : on entre, on reste, les murs bloquent une part des rayonnements, et les matières radioactives s’affaiblissent avec le temps. Le CDC parle de rester à l’intérieur au moins 24 heures, jusqu’à ce qu’il soit sûr de sortir. En France, la durée sera celle qu’annonceront les autorités par FR-Alert et par la radio : on n’invente pas d’horodatage personnel.

Si l’on est déjà dedans :

  1. Rester.
  2. Fermer et verrouiller fenêtres et portes.
  3. Aller au sous-sol, ou au milieu du bâtiment.
  4. S’éloigner des murs et du toit autant qu’on peut. Les dépôts se font dehors, sur les parois.
  5. Couper ventilateurs, climatisation, chauffage à air pulsé qui prennent l’air à l’extérieur.
  6. Fermer le clapet de la cheminée, s’il y en a une.

Si l’on est dehors ou dans un véhicule, il faut entrer tout de suite : un immeuble en brique ou en béton, sur plusieurs étages, ou un sous-sol valent mieux, et n’importe quel bâtiment reste plus sûr que le trottoir. On ôte si possible le vêtement extérieur avant d’entrer, on se lave les parties découvertes et l’on met des habits propres. Le CDC le demande pour limiter ce qu’on ramène, comme on le ferait d’une poussière.

Ready.gov résume tout cela en trois mots : Get inside. Stay inside. Stay tuned. Entrer, rester, écouter. C’est toute la doctrine utile d’un après-midi de préparation.

Quelle pièce, dans une maison française

On vise le centre et le bas : ni la chambre sous les tuiles, ni la véranda, ni le salon avec baie vitrée.

Une cave, un sous-sol, un cellier sans fenêtre, une salle de bains intérieure ou un dégagement au milieu d’un appartement font de bons candidats. Le critère n’est pas « ça fait abri dans un film », mais des murs, peu d’ouvertures, loin de la toiture et loin de la rue.

Dans un pavillon, la cave gagne le plus souvent, avec sa terre et son béton au-dessus de la tête et son absence de vitrage. Dans un appartement, on n’a pas de cave à soi : on se met au plus loin des façades, dans un couloir, une pièce aveugle, ou sur le palier si le règlement et les voisins le permettent. On ne descend pas « chercher un meilleur local » en traversant tout le quartier ; le CDC est net, si l’on est déjà à l’intérieur, on y reste, et sortir pour gagner trois mètres de béton peut coûter plus que cela ne rapporte.

S’éloigner des murs et du toit veut dire ne pas s’adosser à la façade, ne pas s’allonger sous le velux, ne pas camper contre le mur qui donne sur le jardin. On se place au milieu de la pièce et au milieu du plan, les enfants au centre plutôt que « près de la fenêtre pour voir ».

La pièce n’a pas besoin d’être grande, elle a besoin d’être fermable. Une famille, pour quelques heures, tient dans un cellier si l’on a de l’eau, de quoi s’asseoir, et le calme de ne pas ouvrir toutes les dix minutes.

Fermer, puis couper ce qui aspire dehors

Fermer, ce n’est pas « presque ». Portes, fenêtres, vasistas, trappe de grenier, porte de garage si elle communique. Pour le jour sous la porte, un bas de porte, un linge humide ou du ruban feront l’affaire. Ce n’est pas un sas de laboratoire, c’est moins d’air qui rentre.

Couper la ventilation, dans une maison récente, revient souvent à couper la VMC, celle qui prend l’air extérieur et le rejette, ou l’inverse. L’interrupteur n’est pas toujours dans la pièce : il se trouve au tableau, ou sur le caisson, et l’on le repère avant. Le jour de l’alerte, on ne démontera pas un conduit : on coupe, et l’on laisse.

Climatisation, insert, VMC double flux, extracteur de salle de bains, hotte qui débouche dehors : tout ce qui échange avec la rue s’arrête. Un simple ventilateur qui brasse l’air déjà présent dans la pièce est un autre objet ; ce qui compte, c’est la prise d’air neuf.

En revanche, on ne colmate pas la maison au point de l’étouffer pendant trois jours avec un réchaud allumé. Pas de combustion dans le local fermé, pas de groupe électrogène, pas de barbecue « pour se réchauffer ». L’air qui reste doit rester respirable : on s’habille, on ne brûle pas l’oxygène.

Ce qu’on met dans la pièce, ce qu’on n’y cherche pas

On y met ce qui sert sans sortir.

  • Eau déjà en bouteille ou en carafe, celle du placard.
  • Nourriture qui ne se cuisine pas.
  • Médicaments de la famille, ceux du quotidien.
  • Radio à piles ou à manivelle, pour les consignes.
  • Téléphones, chargés, en usage calme.
  • Habits de rechange, sacs pour les vêtements éventuellement contaminés.
  • Jeux calmes, livres, doudous. Une famille dans 12 m², ce n’est pas un détail.
  • Bassine, sacs poubelle, papier. Les toilettes du dessus existent tant que l’eau court. Un seau, si on a prévu.

Ce qu’on n’y cherche pas, c’est un filtre miracle. Une gaine de VMC bouchée avec un torchon n’est pas un filtre à charbon militaire, un masque de bricolage n’est pas un appareil filtrant, et un film plastique sur une fenêtre, s’il aide un peu à limiter les fuites, ne fait pas d’un salon un ouvrage NRBC.

Pour les animaux, le CDC demande de les rentrer si on le peut et de laver ce qui a été dehors ; Géorisques, côté français, parle d’abord des gens. On ne sort pas « chercher le chat du jardin » au milieu de la consigne : on rentre ce qui est déjà là, sans organiser de battue.

Quant aux enfants à l’école, on ne les « récupère » pas pour les mettre dans notre cave. L’établissement les garde, et notre local ne justifie aucune sortie.

Ce que cette cave n’est pas

Elle n’est pas un abri NRBC homologué : ni porte blindée testée, ni soupape de surpression, ni filtre à gaz contrôlé, ni sas, ni sortie de secours dimensionnée, ni contrôle décennal suisse.

Un ouvrage privé avec filtration est un autre sujet, un autre budget, et d’autres pages du dossier. Ici, on améliore le réflexe « bâtiment en dur », on ne le déguise pas.

Elle n’est pas davantage un parking souterrain, un métro ou un immeuble public. Ces volumes aident par la masse, mais ils n’appartiennent pas à la famille et n’ont pas de places attribuées, et l’on n’y court pas si l’on est déjà chez soi.

La limite pèse ici autant que l’usage. L’usage : moins d’air extérieur, plus de matière au-dessus de la tête, moins de vitrage. La limite : cela ne filtre pas, cela n’étanchéifie pas comme un laboratoire, et cela ne tient pas lieu d’ordre d’évacuation. Si le préfet dit de partir, on part : la cave n’a pas d’avis.

Tableau : geste et limite

GestePourquoi on le faitLimite
Choisir cave, sous-sol ou centre du bâtimentPlus de matière, plus loin du toit et des façadesCe n’est pas un ouvrage homologué
Fermer portes, fenêtres, cheminéeMoins d’air et de poussière qui entrentUn linge sous la porte n’est pas un sas
Couper VMC et tout apport d’air extérieurL’ASNR parle de locaux clos, peu ventilésOn ne bricole pas un filtre « militaire »
S’éloigner des murs et du toitLe CDC : les dépôts se font sur l’extérieurInutile si on ouvre toutes les dix minutes
Ôter le vêtement extérieur en rentrantLimiter ce qu’on ramène, comme de la poussièreCe n’est pas une décontamination d’hôpital
Rester et écouter radio / FR-AlertLa durée, c’est celle des autoritésOn n’invente pas sa propre heure de sortie
Kit déjà dans la pièce (eau, médicaments, radio)Ne pas ressortirCe n’est pas un stock de 14 jours « bunker »
Iode dans la boîte, si on est en PPIPrête si le préfet le ditOn ne la prend pas sans ordre
Enfants au centre, jeux calmesTenir quelques heures sans paniqueOn n’allait pas les chercher à l’école
Pas de combustion dans le local ferméGarder l’air respirableLa cave n’est pas un camping

Bricolage utile, bricolage vain

Ce qui est utile, un dimanche :

  • Repérer l’interrupteur de VMC. L’écrire au crayon dans le carnet du tableau électrique.
  • Choisir la pièce, en parler une fois. « Si on nous dit d’entrer, on va là. »
  • Mettre un bas de porte, du ruban, une lampe, la radio, dans un bac. Pas un musée. Un bac.
  • Vérifier que la cave n’est pas un débarras impossible. Un passage. De quoi s’asseoir. Un seau.

Ce qui est vain, et autant le dire : un « filtre » en charbon de barbecue dans un tuyau, un scellage au silicone « pour toujours », ou creuser sans étude. On n’en fera pas un ITC suisse, et l’on n’achète pas un détecteur dont on ne sait pas lire l’écran.

La page de garde du dossier abris anti-atomiques sépare le bricolage du logement d’un ouvrage privé. Cette page reste du premier côté.

Le jour J, l’ordre des gestes

L’alerte arrive, sirène ou FR-Alert. On n’aménage plus, on exécute.

  1. Rentrer, ou rester.
  2. Enfants et adultes dans la pièce choisie.
  3. Portes, fenêtres, clapets.
  4. VMC et apports d’air, coupés.
  5. Radio allumée. Téléphones en usage sobre.
  6. Vêtements extérieurs de côté, si on vient du dehors. Lavage simple des mains, du visage.
  7. On n’ouvre plus « pour voir le ciel ».
  8. Iode : seulement si le préfet le dit. Sinon, la boîte reste la boîte.
  9. On ne part que si on nous le dit.

S’il manque le bac, on fait avec le placard : fermer compte plus que le matériel parfait. Et s’il n’y a pas de cave, on fait le centre, une salle d’eau aveugle au quatrième étant déjà un local.

Durée et famille

Le CDC parle d’au moins 24 heures aux États-Unis, et Ready.gov de rester au sous-sol ou au centre d’un grand bâtiment, sauf danger immédiat comme un incendie ou une fuite de gaz, ou consigne contraire. En France, pour un accident de centrale, c’est le préfet qui tient l’horloge, et notre cave n’a pas d’opinion.

Avec des enfants, un seau, un jeu et une phrase suffisent souvent : on est là parce qu’on nous l’a dit, l’école fait pareil, et l’on sortira quand on nous le dira. Géorisques demande de laisser les réseaux aux secours : un message court si le réseau existe, puis on se tait.

Un local intérieur, fermé, VMC coupée, cela aide. Cela n’équivaut pas à un abri filtré, et cela n’autorise ni à ignorer FR-Alert, ni à aller chercher les enfants, ni à prendre l’iode de sa propre initiative. Le jour où le téléphone vibre, même en silencieux, on descend, on ferme, on écoute.