Abris anti-atomiques

Parking souterrain, métro, immeuble : utiles, pas magiques

CDC et Ready.gov : un sous-sol ou le centre d'un immeuble en dur aide. Parking et métro peuvent abriter. Pas de sas, pas de filtre, ventilation parfois ouverte.

Parking souterrain moderne en béton armé, larges piliers, canalisations apparentes et éclairage fluorescent.

Un parking n’est pas un laboratoire, et un métro n’est pas un sas. Un immeuble, en revanche, c’est déjà beaucoup.

Cette page dit à quoi servent les gros volumes en dur qu’on croise en ville, et ce qu’ils n’ont pas. Elle s’appuie sur alerte, FR-Alert et mise à l’abri, parce que c’est l’alerte qui décide qu’on entre, pas le plan du centre commercial.

Ce que disent les notices, mot à mot

Le CDC, sur sa page Get Inside du 15 avril 2024, demande d’entrer dès que possible pendant une urgence radiologique, parce que les murs d’un bâtiment bloquent une part des rayonnements, et que rester à l’intérieur au moins 24 heures peut protéger le temps que les matières s’affaiblissent et que les consignes arrivent. Si l’on est déjà dedans, on y reste : on ferme, on gagne le sous-sol ou le milieu du bâtiment, on s’éloigne des murs et du toit, et l’on coupe ce qui amène l’air du dehors.

Si l’on est dehors ou dans un véhicule, il faut entrer tout de suite. Brick or concrete, multi-story or basement : brique ou béton, plusieurs étages, ou sous-sol, voilà le meilleur. Et se trouver dans n’importe quel bâtiment reste plus sûr que d’être dehors.

Ready.gov reprend la même idée avec son Get inside. Stay inside. Stay tuned., en notant que les bâtiments les plus sûrs ont des murs de brique ou de béton. Et ceci, cité tel quel : underground parking garages and subways can also provide good shelter. Parkings souterrains et métros peuvent offrir un bon abri. On cite la phrase sans la transformer en « allez au métro depuis la banlieue ».

Géorisques, côté français, demande de gagner un bâtiment en dur tout de suite, et de sortir de son véhicule pour le faire. Le parking dans lequel on peut entrer à pied en deux minutes est un bâtiment ; la voiture restée au milieu du périphérique, non.

Pourquoi ça aide : la masse, pas le logo « abri »

Les rayonnements n’ont pas d’avis sur le règlement de copropriété : ils voient de la matière, et plus il y en a entre vous et le dehors, mieux c’est. Un plancher de parking, un terre-plein, des étages de bureaux au-dessus de la tête, cela fait de la distance et du poids. Le CDC demande d’ailleurs de s’éloigner des parois extérieures, parce que les dépôts se font sur le bâtiment.

D’où le milieu, et d’où le bas. Un huitième étage sous un toit terrasse, avec ses baies vitrées, n’est pas le même endroit qu’un deuxième sous-sol, et un hall vitré de gare non plus. Une station de métro profonde vaut pour sa masse ; une station aérienne, beaucoup moins.

L’immeuble d’habitation en béton, même sans cave, a un centre : cages d’escalier, coursives intérieures, appartements borgnes. Sans rien idéaliser, on se place au plus loin des façades, portes fermées, VMC de l’appartement coupée si elle prend l’air neuf.

Utile, donc, mais pas magique. La suite de cette page est la colonne des absences.

Ce qu’il n’y a pas : sas, filtre, places, consigne d’ouverture

Un abri suisse de l’OFPP a une enveloppe, une ventilation avec filtre, souvent un sas sur les grands volumes, une porte prévue pour ça, un délai de cinq jours pour le rendre prêt et une attribution. Un skyddsrum suédois a ses 48 h, un propriétaire chargé d’ouvrir et une notice dans le local. Un parking français, lui, a des extracteurs, des rampes, des grilles, parfois des portes ouvertes sur la rue, un public qui entre et sort, et un air qui n’est pas géré comme un filtre NRBC.

Pas de sas. On entre comme on entre tous les jours, et l’air du dehors entre avec les voitures et les gens.

Pas de filtre à gaz d’abri. La ventilation d’un parking est faite pour chasser le CO des moteurs, et peut, selon l’installation, tirer de l’air extérieur en continu. C’est l’inverse du local « clos et peu ventilé » dont parle l’ASNR pour la mise à l’abri. S’il existe un arrêt d’urgence, un agent ou une consigne du moment, on suit ; mais je ne promets pas que l’extracteur soit déjà coupé.

Accès public. Vous n’avez pas de place attribuée, et personne n’a compté « une famille égale cinq places ». En heure de pointe, c’est plein ; en heure creuse, c’est ouvert et ventilé. On ne « réserve » pas le niveau −3.

Pas d’équipement de séjour. Ni toilettes sèches d’abri suisse, ni lits, ni citerne. Des WC de centre commercial, peut-être, tant que cela fonctionne, et de l’eau du robinet tant qu’elle coule. On n’y emménage pas.

Pas d’ordre d’ouverture national du type OFPP. Le métro a un exploitant, le parking aussi, et ils peuvent fermer, évacuer ou rester ouverts selon leurs consignes et celles du préfet. On n’en fait pas une carte secrète de survie.

La limite pèse ici autant que l’usage. L’usage, c’est que si l’alerte vous trouve dehors, un sous-sol en béton à deux minutes à pied vaut mieux que le trottoir et mieux que la voiture. La limite, c’est que rien de tout cela ne revient à transformer une cave en pièce de confinement chez vous, ni à disposer d’un ouvrage homologué.

Si vous êtes déjà chez vous, vous n’allez pas « au métro »

Le CDC le répète : si vous êtes à l’intérieur, restez-y, car aller chercher des proches dehors vous expose et les expose. Les écoles, les crèches et les hôpitaux ont des plans pour garder les gens sur place, et Géorisques dit la même chose pour les enfants.

Alerte à la maison, donc : on ferme la maison. On ne traverse pas la ville pour un parking « plus profond », et l’on ne descend pas à la station « parce que Ready.gov a cité les subways ». Ready.gov parle de gagner un bâtiment proche, en quelques minutes, quand on est pris dehors dans un scénario de détonation. Ce n’est pas une invitation au pèlerinage.

Alerte au volant, en revanche : on sort du véhicule et l’on gagne un bâtiment, comme le demande Géorisques. Le parking du supermarché devant soi, l’immeuble de bureaux, le hall d’entrée, la station si la bouche est là : le plus près, le plus dur, puis on s’éloigne des ouvertures.

Alerte alors qu’on est déjà dans le métro, enfin : on n’a aucune raison de « sortir pour mieux s’abriter » sous la pluie. On s’éloigne de l’entrée, on suit l’exploitant et FR-Alert, et l’on ne se plaque pas contre les grilles qui donnent sur la rue.

Immeuble : étage, centre, voisins

L’immeuble en dur reste le cas le plus fréquent, qu’il s’agisse d’un appartement français, de bureaux ou d’une école.

Mieux vaut un étage intermédiaire, loin du toit, loin du rez-de-chaussée vitré, au centre du plan. Moins bien : le dernier étage, le studio sous comble, le séjour sur rue avec tout en fenêtre. Le CDC ne dit pas « allez chez le voisin du 3e », il dit : milieu du bâtiment. Si votre palier le permet sans sortir dans la rue, une cage d’escalier intérieure, un local à vélos en sous-sol de votre immeuble ou un cellier de cave de copropriété sont des volumes du bâtiment où vous êtes déjà. Ce n’est pas une expédition.

Côté air, on coupe la VMC de l’appartement quand elle prend l’air neuf. Dans les parties communes, on n’a souvent pas la main sur l’air pulsé de la tour : on ferme sa porte, on ne part pas régler la centrale de toiture.

Pour les voisins qui rentrent du dehors, le CDC accepte qu’on abrite quelqu’un qui était dehors, à condition de lui demander d’ôter le vêtement extérieur, de se laver les parties découvertes et de se changer. On applique, sans transformer le palier en débat. Géorisques ajoute, pour la pluie, qu’il faut laisser dehors ce qui a été mouillé.

Les enfants à l’étage et l’école ailleurs, enfin, ne se fusionnent pas : chacun reste où la consigne le met.

Tableau : volume urbain, ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas

LieuCe qu’il peut faireCe qu’il ne fait pasQuand ça a du sens
Parking souterrain en bétonMasse au-dessus de la tête, loin de la rueSas, filtre NRBC, air forcément coupé, places attribuéesAlerte dehors, entrée à quelques minutes à pied
Station de métro profondeIdem, parfois plus de terre et de bétonGarantie d’être « le bon » abri, local de 48 h type SuèdeVous y êtes déjà, ou la bouche est là
Station aérienne / tranchée ouverteUn peu plus qu’un trottoir, parfoisRemplacer un sous-solSouvent moins pertinent qu’un immeuble à côté
Immeuble béton / brique, plusieurs étagesMurs, étages, centre du planFiltration, étanchéité de laboratoireVous y vivez ou vous y entrez tout de suite
Cave d’immeuble / local à vélosPlus bas, plus de matièreHomologation, droit d’y camper sans copropriétéDéjà dans le bâtiment, accès sans ressortir
Hall vitré, centre commercial côté rueUn toit, un peu de distanceLe « middle of the building » du CDCMieux que dehors ; on pousse vers le dur, l’intérieur
Voiture dans le parkingRien de plus que la tôleUne protection que Géorisques reconnaîtOn sort, on se met contre le dur, loin des rampes
Dernier étage, toiture, vérandaPresque le dehorsLe sous-sol demandé par le CDCOn descend dans le même immeuble, on ne sort pas

Le bon lieu reste celui que vous pouvez occuper sans rester exposé.

Ventilation, voitures, foule

Un parking qui « sent le moteur » échange avec l’extérieur : on s’éloigne des grilles d’amenée, et l’on ne s’installe pas sous l’extracteur. Quant à les arrêter, c’est l’affaire de l’exploitant, ou de personne.

Des moteurs allumés et des files vers la sortie sont exactement l’inverse de « rester, écouter ». On éteint, on s’éloigne des rampes, et l’on attend FR-Alert plutôt que le GPS.

L’accès étant public, il y aura du monde, et l’on ne « réserve » pas un coin. Les consignes viendront de l’exploitant, de la sonorisation ou du téléphone. Une famille contre un mur intérieur, une bouteille si on l’a, et l’on se tait.

Ce qu’on emporte dans la tête, pas dans un chariot

Il n’y a ici ni liste d’achat, ni chariot « kit métro ». Si l’on est dehors par hasard, on a ce qu’on a en poche ; si l’on est chez soi, on n’embarque pas la maison vers le −2.

Ce qu’il faut avoir compris, une fois pour toutes :

  1. Dehors → le premier bâtiment en dur, de préférence bas et lourd.
  2. Dedans → on reste, on se met au centre ou au sous-sol du même bâtiment.
  3. Parking et métro → bons si proches, pas magiques, pas filtrants.
  4. Voiture → on la quitte.
  5. École → on n’y va pas.
  6. Iode → seulement si le préfet le dit, pas parce qu’on est au niveau −3.
  7. Sortie → seulement sur ordre, ou danger immédiat (feu, effondrement), comme Ready.gov le rappelle.

La page de garde du dossier abris anti-atomiques aligne cave, parking et réseaux étrangers, chacun ayant son article. Celui-ci tient en une phrase : utiles, pas magiques. On entre si on y est, et l’on n’en fait pas une légende.