La question n’est pas « as-tu un bunker », mais : combien de temps ce local tient-il, portes fermées, sans scénario et sans rayon de magasin ?
Trois durées se mélangent en permanence : vingt-quatre heures, soixante-douze heures et quatorze jours. Elles ne viennent pas de la même page et ne demandent pas le même volume. Un abri, en France, n’est d’abord pas un catalogue : c’est ce que « abri anti-atomique » veut dire vraiment en France, à savoir une pièce en dur, une alerte et une consigne.
Trois calendriers, un seul local
Le CDC, aux États-Unis, demande d’entrer et de rester au moins 24 heures, et Ready.gov dit la même chose avec son get inside, stay inside, stay tuned. Les murs bloquent une part des rayonnements, les matières radioactives s’affaiblissent avec le temps, et les 24 premières heures sont celles où le débit des retombées, après une explosion, baisse le plus vite.
La France, via Géorisques, parle d’un kit d’urgence 72 heures. Ce n’est pas une durée officielle de mise à l’abri nucléaire, mais un sac pour tenir trois jours, chez soi ou en partant, quand une crise coupe l’ordinaire : eau, radio, papiers, médicaments du foyer. La page du kit décrit un geste tous risques, pour une coupure, un départ ou une attente des secours, et ne parle ni de 20 km, ni de PPI.
Les 14 jours, eux, viennent d’ailleurs. L’OSHA rappelle la règle 7/10, valable pour les retombées après une détonation nucléaire : pour chaque multiplication du temps par sept, le débit de dose est divisé par dix, à peu près. À 7 heures, on en est à environ un dixième ; à 49 heures, soit deux jours, à environ un centième ; à 343 heures, soit environ deux semaines, à environ un millième de la valeur relevée à une heure. Ces 343 heures sont à l’origine de beaucoup de « 14 jours » présentés comme une évidence.
Ce n’est pourtant ni un instrument, ni la doctrine française. Le préfet peut demander de rester, ou de partir, avant : le plan du SGDSN existe pour cela, et un calendrier de volume n’annule pas une évacuation.
La Suisse ne promet pas davantage quatorze jours : l’OFPP parle d’un séjour de quelques heures à plusieurs jours, et de provisions d’environ une semaine, dont 9 litres d’eau par personne.
Trois horloges, un local. On les sépare, puis on range.
| Poste | 24 heures | 72 heures | 14 jours |
|---|---|---|---|
| Ce que ça représente | Consigne CDC / Ready.gov : rester dedans, puis écouter | Kit d’urgence français (Géorisques), toutes crises | Planification de volume (règle 7/10 ≈ 343 h), pas une durée officielle française |
| Eau | Ce qui est déjà dans le logement | 6 litres par personne (Géorisques) | Pas de volume officiel français. Même rythme que le kit 72 h : un coin de jerricans, pas une bouteille |
| Air | Fermer portes, fenêtres, VMC ou clim qui prend l’air dehors (CDC) | La même pièce, encore tenable | Un local fermé n’est pas un abri filtrant. L’air devient le vrai sujet |
| WC | Seau, sacs, hygiène de base | Toilettes sèches (référence OFPP) ou seau organisé | Plus de sacs, plus de calme, toujours sans ouvrir « pour aller aux toilettes » |
| Radio | Piles ou manivelle, consignes (France Bleu, FR-Alert) | Piles de rechange | Ne pas compter sur le seul téléphone |
| Nourriture | Ce qui est déjà dedans, emballé | Conserves du placard, sans cuisson | Plus de volume, toujours du placard |
| Sortie | Autorités | Autorités | Autorités. Un planning de 14 jours n’autorise pas à ignorer un ordre |
Vingt-quatre heures : le premier réflexe
Le CDC est concret. Si l’on est dedans, on reste, on ferme fenêtres et portes, on gagne le sous-sol ou le centre du bâtiment, loin des murs et du toit, on coupe si possible ce qui ramène l’air de dehors, et l’on ferme le clapet de la cheminée.
Si l’on est dehors ou en voiture, on entre tout de suite : la brique, le béton, plusieurs étages ou une cave valent mieux, et n’importe quel bâtiment reste plus sûr que le trottoir. On enlève si possible la couche extérieure avant d’entrer, on lave les parties découvertes, on met des habits propres.
Ready.gov, après une détonation, demande de rester dans le local le plus protecteur pendant les premières 24 heures, sauf danger immédiat, incendie, gaz, immeuble qui cède ou blessure grave, ou consigne contraire. Les niveaux baissent vite sur cette première journée.
Géorisques, en français, demande un bâtiment en dur, portes et fenêtres fermées, ventilation coupée ; si l’on est en voiture, on en sort, parce qu’un véhicule n’est pas une bonne protection ; on reste à l’écoute, et l’on n’évacue que sur ordre.
Vingt-quatre heures ne veut pas dire « on est sauvés » : c’est le premier cran, et l’on écoute ensuite. Chez nous, c’est tenable avec ce qui est déjà là, l’eau, le placard, la radio, le seau et les médicaments du foyer.
Soixante-douze heures : le kit français, pas une durée nucléaire
Géorisques publie une liste : radio, médicaments, trousse, nourriture sans cuisson, lampe, 6 litres d’eau par personne, papiers, jeux.
C’est un kit 72 heures, pensé pour une coupure, un départ ou une attente des secours. L’affiche « Que faire en cas d’accident nucléaire » dit autre chose, pour les personnes qui habitent à moins de 20 km d’une centrale : demander à titre préventif les brochures de la préfecture et de l’exploitant, retirer l’iode en pharmacie partenaire, et préparer ce même kit 72 h. Ce n’est pas une citation de la page kit, ni une inférence tirée du PPI. Et le jour J, l’iode se prend uniquement sur ordre du préfet.
72 heures ne signifie donc pas que « la radioactivité dure trois jours », mais que l’État a écrit trois jours d’autonomie familiale. À cinq personnes, six litres chacune, cela fait 30 litres : une caisse, pas le pack du dîner.
La liste de besoins d’un kit de confinement familial détaille cela sans en faire un rayon. Ici, on reste sur le calendrier des durées.
Quatorze jours : un volume, pas une consigne
Pourquoi ces 14 jours traînent-ils partout ? Parce que 7 × 7 × 7 heures font 343 heures, et que, sur le papier des retombées d’une détonation, le débit à deux semaines est de l’ordre du millième de la valeur à une heure. L’OSHA le présente comme une règle de pouce, en ajoutant que rien ne remplace une lecture d’instrument pour la précision. Et un instrument, ce n’est toujours pas FR-Alert.
En France, aucune notice ne dit « tenez quatorze jours dans votre cave, c’est la règle ». Il y a un préfet, un PPI, FR-Alert et des médias du service public. La durée réelle est celle de la consigne : elle peut être plus courte, elle peut être une évacuation.
Planifier 14 jours relève donc d’un choix de volume : plus d’eau, plus de nourriture de placard, plus de sacs pour les WC, plus de piles, et plus de jeux, parce que des enfants dans un local, au bout de deux jours, ce n’est plus une anecdote. Ce n’est ni un diagnostic, ni un scénario : c’est de la place dans un local.
La Suisse aide à voir la limite, avec ses provisions pour plusieurs jours, ses médicaments essentiels et sa radio DAB+ ou OUC. Chez nous, on rentre les bêtes, sans pour autant inventer une écurie.
Si vous ne retenez qu’un ordre : 24 heures d’abord, l’oreille collée à la consigne ; 72 heures comme kit français ; 14 jours seulement si le volume, l’air et le préfet le permettent.
L’eau, dans l’abri
L’eau est ici un besoin dans la pièce, pas un autre dossier.
Le CDC considère comme sûrs les aliments et boissons scellés ou déjà à l’intérieur, indique que les agences testeront l’eau du réseau, rappelle que faire bouillir l’eau du robinet n’enlève pas les matières radioactives, et précise que se laver avec cette eau reste possible.
Géorisques, pour 72 heures, demande 6 litres par personne, en bouteilles.
La Suisse, pour une semaine de provisions, monte à 9 litres par personne.
La France ne publie pas de volume pour 14 jours. En gardant le rythme du kit 72 heures, soit deux litres par jour en ordre de grandeur, cinq personnes sur 14 jours représentent de l’ordre de 140 litres. Ce n’est plus une étagère, c’est un coin du local, à l’ombre et hors gel si possible. On n’en fait pas une science, on en fait un rangement.
Et l’on ne sort pas « chercher de l’eau » pendant une consigne de mise à l’abri : on boit ce qui est déjà là.
L’air
Pour 24 heures, la consigne est claire : fermer, et couper ce qui tire l’air de dehors. Le CDC le dit, Géorisques aussi, et c’est tenable dans une pièce, une cave ou un palier intérieur.
Pour 14 jours, ce n’est plus la même physique. Un local totalement fermé n’est pas un abri suisse : les abris OFPP ont une ventilation, un filtre, parfois un sas, quand une cave française n’a rien de tout cela, sauf projet prévu pour. Planifier 14 jours sans se poser la question de l’air, c’est planifier un inconfort, puis un problème.
La limite pèse ici autant que l’usage. Vingt-quatre heures portes fermées, c’est le geste ; quatorze jours dans une petite pièce sans renouvellement, ce n’est pas « la même consigne en plus long », c’est un autre objet. Si le local ne peut pas tenir l’air, je ne promets pas 14 jours : je promets d’écouter la préfecture.
Les WC
L’OFPP suisse est prosaïque : lits et toilettes sèches font partie de l’équipement d’un abri, et l’on n’y cuisine pas au réchaud à alcool ou à gaz, pour l’incendie et pour l’oxygène en moins.
En France, dans une cave ou une pièce de confinement, on n’a le plus souvent pas de toilette sèche homologuée. Un seau avec couvercle, des sacs, du papier, de quoi se laver les mains sans ouvrir. Ce n’est pas glamour, mais c’est ce qui évite d’aller sur le palier « deux minutes ».
Sur 24 heures, un seau suffit. Sur 72 heures, il faut plus de sacs, un coin dédié, et une aération interne qui n’ouvre pas sur la rue. Sur 14 jours, c’est le même principe en plus grand, faute de quoi ce n’est pas tenable avec des enfants. On range cela avant, et l’on n’en parle pas le jour de l’alerte.
La radio
Ready.gov demande plusieurs moyens d’alerte, dont une radio à piles ou à manivelle si le reste lâche.
L’OFPP parle de radios à piles capables de DAB+ et d’OUC.
Géorisques demande de rester à l’écoute et d’éviter de téléphoner, pour laisser les réseaux aux secours ; en France, cela veut dire France Bleu, France 3, les sites préfectoraux et FR-Alert.
Le téléphone n’est pas infaillible. Une radio, des piles et une fréquence déjà essayée forment le poste qui ne dépend pas d’un écran à plat. Sur 24 heures, 72 heures ou 14 jours, le besoin est le même, seules les piles changent. Un chiffre sur un écran n’est pas une alerte : on ouvre quand on nous le dit.
Ce que ces durées n’autorisent pas
Elles n’autorisent pas à aller chercher un enfant à l’école. Le CDC demande de rester où l’on est, parce que sortir pour rejoindre un proche peut exposer les deux, et parce que les écoles, les crèches et les hôpitaux ont des plans. Géorisques dit de même de ne pas aller chercher ses enfants, qui sont pris en charge. Le sujet familial est traité à part, dans enfants, animaux et médicaments dans un abri.
Elles n’autorisent pas non plus à traiter 14 jours comme une obligation française, ni 24 heures comme un « après, c’est fini ». Ready.gov le répète : stay tuned, il y a toujours des instructions supplémentaires.
Elles n’autorisent pas davantage un réchaud à gaz dans un local fermé. L’OFPP l’interdit dans ses abris, l’oxygène et le feu n’aimant pas la pièce close. On mange froid, on boit, on attend.
Elles n’autorisent pas, enfin, à tout miser sur un achat. L’autonomie tient d’abord à ce qui est déjà dans le logement, l’eau, la radio, le seau, les ordonnances en cours ; le reste est du volume, pas un talisman.
La page de garde du dossier abris anti-atomiques présente l’ensemble des articles. Ici, on a séparé trois durées : on peut tenir 24 heures avec ce qui est déjà là, viser 72 heures avec un kit d’État, et l’on ne confond pas cela avec les 343 heures d’une règle de pouce.