On me demande souvent « le kit », comme s’il existait un panier unique, une référence, un objet qui règle le confinement.
Il n’existe pas. Il existe des besoins : l’eau, ce qu’on mange déjà, une radio, de la lumière, l’hygiène, les papiers, les médicaments du foyer, de quoi occuper les enfants. Géorisques a écrit une liste 72 heures, le CDC et Ready.gov en ont une pour une urgence radiologique, et l’OFPP suisse dit quoi emporter si l’on gagne un abri. On recoupe, plutôt que d’acheter un rêve.
La durée, elle, n’est pas dans le sac : elle est dans tenir 24 heures, 72 heures ou 14 jours. Le kit suit le calendrier des durées, il ne le crée pas.
Une liste d’État, pas une étagère
Géorisques, sur sa page « Mon kit d’urgence 72 h », décrit un sac pour trois jours, facile d’accès et vérifié une fois par an. La liste est publique et tous risques, qu’il s’agisse d’une coupure, d’un départ ou d’une attente des secours : radio à piles, médicaments, trousse, outils de base, nourriture sans cuisson, vêtements, lampe, chargeur, lunettes, argent liquide, 6 litres d’eau par personne, photocopies, doubles de clés et jeux.
Ce n’est pas la liste d’achat d’un site marchand, c’est une liste de fonctions. Une radio, c’est « entendre la consigne ». L’eau, c’est « ne pas ouvrir pour boire ». Les jeux, c’est occuper des enfants dans une pièce.
Ready.gov ajoute, pour une urgence radiologique, un change par personne, un sac poubelle pour les vêtements contaminés, des aliments, de l’eau et des médicaments scellés, et un plan : où se retrouver, quel contact hors zone, ce que font l’école et le travail.
Le CDC, de son côté, considère comme sûrs les aliments et boissons déjà à l’intérieur ou scellés, demande de continuer les médicaments déjà présents, et d’essuyer un contenant qui était dehors avant de poursuivre. Pas d’automédication inventée : les traitements du foyer.
L’OFPP parle de bagages d’urgence et de documents personnels, d’une radio à piles DAB+ et OUC, de nourriture, y compris les aliments spéciaux et ceux des nourrissons, de médicaments, et d’eau et de nourriture pour les animaux au mieux. Il exclut en revanche tout réchaud à gaz ou à alcool dans l’abri.
On a de quoi ranger. On n’a pas besoin d’une marque.
| Besoin | Ce qu’on met dans le logement ou le sac | Ce que ce n’est pas |
|---|---|---|
| Eau | Bouteilles déjà là. 6 L par personne pour 72 h (Géorisques) | Une randonnée à la source. Un gadget de filtration de sac à dos |
| Nourriture | Conserves, biscuits, petits pots, nourriture animaux. Le placard qui tourne | Un menu de film. Un carton de rations « tactiques » |
| Radio | Piles ou manivelle. France Bleu, consignes préfectorales | Le seul téléphone, batterie presque vide |
| Éclairage | Lampe, piles, éventuellement une frontale pour les mains libres | Un lustre. Une bougie comme seule source, avec des enfants |
| Hygiène et WC | Seau, sacs, papier, de quoi se laver les mains | Sortir « deux minutes » aux toilettes du palier |
| Vêtements | Un change. Un sac poubelle pour la couche extérieure (CDC, Ready.gov) | Une garde-robe. Un treillis |
| Documents | Photocopies en pochette : identité, ordonnances (Géorisques) | Le classeur des impôts au grenier |
| Médicaments du foyer | Ce qui est déjà prescrit, avec les notices | Un stock d’iode « au feeling ». Un diagnostic maison |
| Enfants | Jeux, livres, doudous, petits pots | Un écran unique, sans charge |
| Animaux | Eau, croquettes, laisse, sacs (CDC : rentrer les bêtes) | Une place garantie dans un abri public suisse |
L’eau, dans la pièce
Six litres par personne, dit Géorisques, pour 72 heures. À cinq, cela fait 30 litres, et je le dis une fois pour que le volume devienne réel. Ce n’est pas une posologie, c’est une caisse.
Le CDC précise que ce qui est scellé ou déjà à l’intérieur se boit, que faire bouillir l’eau du robinet n’enlève pas les matières radioactives, et que se laver avec l’eau du réseau reste prévu comme possible. Les autorités testeront l’eau potable.
On ne sort pas chercher un pack pendant une consigne de mise à l’abri : on range avant, à l’ombre, jamais sur un radiateur, et l’on fait tourner les bouteilles comme le reste du placard, sans en faire un culte.
Si l’on vise plus que 72 heures, le volume grandit et ce n’est plus un sac, c’est un coin du local. La page sur les durées donne le calendrier ; ici, on dit simplement que l’eau est un besoin.
La nourriture du placard
Géorisques demande du non périssable, sans cuisson : conserves, petits pots, nourriture pour animaux.
Ready.gov confirme qu’il est sûr de manger et de boire ce qui était dans le bâtiment, et qu’un contenant scellé resté dehors s’essuie avec un chiffon humide, lequel finit dans un sac, loin des gens et des bêtes. Les aliments non scellés, le jardin et tout ce qui était dehors à découvert restent écartés jusqu’à consigne.
L’OFPP interdit tout réchaud à alcool ou à gaz dans l’abri, pour l’incendie et pour l’oxygène. On mange donc froid : une conserve, une fourchette, un ouvre-boîte. Géorisques range d’ailleurs les « outils de base », couteau multifonctions et ouvre-boîte, dans le kit. C’est une fonction, pas une fiche produit.
Chez nous, le kit alimentaire se confond avec le placard qui tourne : pâtes déjà cuites en bocal, thon, légumes, compotes, lait UHT, biscuits, autrement dit ce que les enfants acceptent déjà. Un confinement n’est pas le moment d’inventer un goût. On date, on consomme, on remplace, et le plus vieux passe devant.
La limite est nette : ce ne sont pas trois semaines de menus, c’est de quoi ne pas ouvrir. Sur 24 heures, le frigo encore fermé aide un peu ; sur 72 heures, on est sur le placard ; sur 14 jours, c’est un volume, ou ce n’est pas tenable.
La radio, avant le téléphone
Géorisques met la radio en tête, avec ses piles et ses piles de rechange, et demande, pendant l’alerte nucléaire, de rester à l’écoute et d’éviter de téléphoner pour laisser les réseaux aux secours.
Ready.gov demande plusieurs voies d’alerte, dont une radio qui marche si le reste lâche.
L’OFPP parle de DAB+ et d’OUC. En France, la carte radio n’est pas la même : nous avons France Bleu, France 3, les sites préfectoraux et FR-Alert sur le téléphone. L’article alerte, FR-Alert, PPI et mise à l’abri traite du canal ; le kit, lui, traite de l’objet : un récepteur, des piles, et une fréquence qu’on a déjà essayée un dimanche.
Le téléphone sert, mais il n’est pas seul. Un chargeur figure dans la liste Géorisques, une batterie externe aide, et rien de tout cela ne remplace une radio à piles si le courant et le réseau se montrent capricieux.
Un mot sur l’usage : on n’écoute pas la radio pour se faire peur, on l’écoute pour la consigne, et on l’éteint pour les piles autant que pour le calme.
L’éclairage
Une lampe et des piles, dit Géorisques. Une frontale libère les mains, ce qui est utile avec un seau, un enfant ou une porte. Une lumière unique au plafond suffit tant que le courant tient ; dès qu’il lâche, le plafond ne suffit plus.
Géorisques cite aussi les bougies, avec briquet ou allumettes. L’OFPP, lui, demande d’éteindre les feux ouverts avant de quitter le logement et interdit le réchaud dans l’abri. Dans une pièce fermée avec des enfants, une flamme nue constitue un autre risque : la lampe électrique d’abord, et la bougie seulement sous surveillance, jamais comme seule idée.
Restent les piles de rechange, la vérification annuelle et un tiroir connu. Les enfants savent où c’est, sans faire un jeu des piles.
L’hygiène, les WC, le linge
Personne n’aime en parler, et c’est pourtant ce qui fait ouvrir. Un seau avec couvercle, des sacs, du papier, du gel ou du savon avec l’eau déjà là, dans un coin du local plutôt qu’au milieu de la pièce à vivre.
Ready.gov et le CDC demandent, si l’on rentre de dehors, d’enlever la couche extérieure : jusqu’à 90 % de la matière part avec elle, écrit Ready.gov, à condition de retirer le vêtement avec soin et sans le secouer. Il finit dans un sac poubelle, loin des gens. On se lave ensuite peau et cheveux découverts, au savon et à l’eau, sans lingette ménagère sur la peau, le gel hydroalcoolique ne retirant pas la matière radioactive.
Un change par personne dans le sac, donc. Ce n’est pas du confort de catalogue, c’est la notice.
Viennent ensuite les couches si l’on a un petit, les serviettes, les lunettes de secours que cite Géorisques : les choses bêtes du foyer, celles qu’on oublie et qui deviennent une sortie idiote.
Les documents
Géorisques demande des photocopies dans une pochette : identité, ordonnances, double des clés. L’OFPP parle de documents personnels. On ne cherche pas le classeur le jour de l’alerte, et l’on note le contact d’un proche hors commune. L’argent liquide figure aussi dans la liste 72 heures, puisque les distributeurs peuvent ne pas marcher.
Les médicaments du foyer
Ceux qui sont déjà prescrits : asthme, thyroïde, antibiotique en cours, le traitement de grand-mère, avec les notices. Un peu plus que trois jours si la boîte le permet, sans transformer la maison en pharmacie.
Le CDC est constant : si le médicament était dedans, on continue ; si le contenant était dehors, on l’essuie et l’on continue.
Ce n’est pas un diagnostic, et ce n’est pas non plus « il me faut de l’iode dans le kit, on ne sait jamais », hors campagne et hors consigne. L’iode stable a sa page et ses règles, l’ordre du préfet et la notice ASNR, pas un comprimé de tiroir inventé ici.
La page enfants, animaux et médicaments dans un abri reprend le foyer, les bêtes et l’école. Ici, il s’agit d’une boîte, d’un nom, d’une date et d’une ordonnance photocopiée.
Géorisques ajoute une trousse de premiers secours, avec alcool, pansements et compresses, pour les bobos du quotidien. Pas un bloc opératoire.
Les enfants, les jeux
Géorisques met les jeux dans le kit, et ce n’est pas une douceur : c’est de l’occupation. Des enfants, une pièce, pas d’école, pas de jardin, cela réclame un UNO, des crayons, un livre déjà lu cent fois, un doudou, et des petits pots si l’âge le demande.
On n’explique pas la physique à 8 ans le jour de l’alerte. On dit qu’on reste ici, qu’on écoute la radio, que c’est la consigne, et qu’on ne va pas chercher un frère à l’école, parce que l’école a un plan. Géorisques et le CDC sont d’accord là-dessus.
Un écran aide une heure, mange la batterie, et n’est pas le kit.
Les animaux
Le CDC demande de rentrer les animaux si on le peut, ainsi que les affaires de dehors dont ils auront besoin au moins 24 heures, en les essuyant. L’animal se lave au savon puis se rince, et l’on se lave les mains après. Les aliments en boîtes, bouteilles ou cartons scellés supposent d’essuyer le contenant.
Géorisques range la nourriture pour animaux dans le kit 72 heures.
L’OFPP rappelle que les abris suisses ne sont pas conçus pour les bêtes, sans qu’un animal soit exclu selon la taille et l’occupation. En France, dans notre logement, on rentre le chien plutôt que de le laisser au jardin « le temps de voir », avec sa laisse, ses sacs, sa gamelle et une réserve d’eau. Et l’on ne pose aucun diagnostic vétérinaire.
Ranger, pas collectionner
Pas de référence marchande, ni de second kit « 14 jours » vendu comme un grade : c’est le même besoin, en volume. Pas de réchaud dans la pièce fermée non plus, l’OFPP l’interdisant dans ses abris. On mange froid.
Chez nous, cela tient dans une caisse en bas : radio, piles, pochette, six litres par personne pour trois jours, jeux, traitements en cours, un change, un sac poubelle. On essaie la radio un dimanche, on jette une conserve périmée, et Géorisques demande de replacer après usage. C’est tout.
La page de garde du dossier abris anti-atomiques replace ce sac parmi les autres articles : comprendre le risque, l’alerte, le local, puis vivre dedans. Le kit, c’est cette dernière phrase.