Masse, milieu, distance aux parois
Ce qui atténue un rayonnement, les pages officielles le disent sans formule magique : de la masse, de la distance, du temps. L’OSHA le résume ainsi, moins de temps près de la source, plus de distance, plus d’écran. Le CDC indique où se placer dans un bâtiment, Ready.gov quels bâtiments aident, et Géorisques rappelle qu’un véhicule n’est pas une bonne protection.
Je ne vais pas inventer de coefficients, ni écrire que « le béton divise par tant ». Si la source primaire ne le chiffre pas, je ne le chiffre pas non plus, et je reste qualitatif. C’est déjà assez pour choisir une pièce.
Pour comprendre la différence entre explosion et accident de centrale, voir explosion nucléaire ou accident de centrale : retombées d’un côté, rejets de l’autre. Dans les deux cas, le premier écran familial reste le bâtiment. Voir aussi retombées radioactives, 24 heures et la règle 7/10 pour l’horloge, et la page de garde du dossier abris anti-atomiques.
Un facteur d’atténuation sorti d’une plaquette, sans notice derrière, n’est pas une donnée : c’est un argument de vente.
Ce que le CDC demande, concrètement
La page Get Inside énumère, pour qui se trouve déjà à l’intérieur :
- Rester.
- Fermer et verrouiller fenêtres et portes.
- Aller au sous-sol ou au milieu du bâtiment.
- Rester aussi loin que possible des murs et du toit. Les matières se déposent à l’extérieur.
- Couper, si on peut, ventilateurs, climatisations et chauffage soufflant qui prennent l’air dehors.
- Fermer les registres de cheminée.
Si l’on est dehors ou dans un véhicule, il faut entrer tout de suite. Brique ou béton, immeuble à plusieurs étages, ou sous-sol : le mieux. Mais n’importe quel bâtiment est plus sûr que dehors.
Avant d’entrer, on retire si possible la couche extérieure de vêtements, puis on lave les parties découvertes et l’on s’habille propre.
Quand on ne peut pas entrer tout de suite, un masque, un tissu ou une serviette sur le nez et la bouche réduit ce qui peut être respiré. Ce n’est pas un sas, c’est un geste d’attente.
Les animaux, eux, se rentrent et se lavent : le CDC le dit clairement, et on ne les laisse pas « pour plus tard » si on peut faire autrement.
Quant aux proches qui se trouvent ailleurs, la consigne est de rester où l’on est, parce que sortir pour les rejoindre expose les deux. Les écoles, les crèches et les hôpitaux ont des plans. La phrase est dure, et elle est officielle.
Stay Inside décrit la suite, c’est-à-dire le shelter-in-place : au moins 24 heures, en écoutant ce qui vient. Les aliments déjà à l’intérieur sont considérés comme sûrs ; pour l’eau, les agences testent, et faire bouillir n’enlève pas les matières radioactives.
Rien là-dedans ne suppose un bunker homologué. Tout se passe dans un logement, une école, un hall.
Ready.gov et Géorisques : le bâtiment, pas la voiture
Ready.gov demande de mettre de la matière entre soi et le rayonnement : si l’urgence est dehors, on entre, on s’éloigne des fenêtres, on met autant de murs que possible.
Pour une explosion, la consigne est de gagner après le souffle le bâtiment le plus proche, les plus sûrs étant ceux qui ont des murs de brique ou de béton. Les parkings souterrains et les métros sont cités comme pouvant offrir un bon abri. On reste ensuite au sous-sol ou au centre pendant les premières 24 heures, sauf danger immédiat ou consigne contraire.
Géorisques, pour un accident nucléaire, demande un bâtiment en dur, portes et fenêtres fermées, ventilation coupée. Si l’on est dans un véhicule, en sortir et gagner un bâtiment : un véhicule n’est pas une bonne protection.
Cela tranche un réflexe répandu, celui de rester dans la voiture « pour partir ». Les deux pages disent le contraire, chacune dans son événement : d’abord un volume, des parois, un toit au-dessus de la tête.
La terre d’un sous-sol, c’est de la masse tout autour. Le CDC ne donne pas de nombre de centimètres, il dit simplement : basement. La terre et le béton du plancher du rez-de-chaussée jouent le même rôle qualitatif que le toit ne joue pas quand on se trouve au dernier étage sous une toiture légère.
Distance : inverse du carré, mais pas pour un toit sale
L’OSHA rappelle un fait d’école : pour une source ponctuelle, l’intensité décroît avec le carré de la distance, si bien que doubler la distance divise l’intensité par quatre. C’est la géométrie d’un point, pas celle d’un nuage ni d’un parking.
L’OSHA ajoute qu’après une détonation, les zones de retombées peuvent présenter des niveaux plus élevés que des lieux plus proches du point d’explosion. S’éloigner « vers le centre » sans consigne n’a donc rien d’un réflexe automatique : d’abord le bâtiment, ensuite les autorités.
Les retombées, le CDC les décrit comme un dépôt sur les surfaces : toits, murs extérieurs, voitures, routes. Ce n’est plus un point, c’est une peau radioactive autour du volume où l’on se trouve. D’où la consigne de se tenir loin des parois et du toit, plutôt au milieu et plutôt en dessous.
Un gamma qui vient du toit traverse, et plus il y a de matière sur le chemin, mieux c’est. Le CDC nomme la brique et le béton sans donner de facteur, et je ne l’invente pas.
L’OSHA note encore, à propos des types de rayonnement, que les alpha s’arrêtent sur une feuille de papier et que les bêta sont mieux arrêtés par des matériaux peu denses comme l’eau ou le plastique, tandis que le plomb et le béton servent d’écrans courants pour les X et les gamma. Une mauvaise correspondance entre écran et rayonnement peut même créer un rayonnement secondaire, prévient l’agence. On ne bricole donc pas du plomb « au cas où » : on choisit une pièce, on ferme, on écoute.
Reste le temps. L’OSHA rappelle que rester moins longtemps près d’une source réduit la dose, d’où les 24 heures à l’intérieur pendant que le débit de retombées chute. C’est une autre horloge, traitée sur une autre page.
Tableau qualitatif : du pire au mieux, sans chiffre inventé
Le classement qui suit est qualitatif, d’après le CDC, Ready.gov et Géorisques. Pas de facteur d’atténuation, pas de « PF », pas de laboratoire.
| Situation | Ce que disent les sources | Limite |
|---|---|---|
| Extérieur, à découvert | À éviter : entrer dès que possible (CDC, Ready.gov) | Pas d’écran ; dépôt possible sur peau et vêtements |
| Véhicule | Géorisques : ce n’est pas une bonne protection ; en sortir pour un bâtiment. CDC : si on est dans un véhicule, entrer dans un bâtiment | Peu de masse ; grandes surfaces vitrées |
| Maison légère, près des fenêtres | Un intérieur reste mieux que dehors (CDC). S’éloigner des fenêtres (Ready.gov) | Toiture et parois peu épaisses ; dépôt au plus près |
| Maison, pièce intérieure, ouvertures fermées | Fermer, couper l’air du dehors, s’éloigner des parois (CDC) | Mieux que la façade ; ce n’est pas un sous-sol |
| Sous-sol | CDC et Ready.gov : parmi les meilleurs emplacements | Utiles ; pas un sas filtrant ; entrée et air à gérer |
| Centre d’un immeuble en béton / brique, plusieurs étages | CDC : brique ou béton, multi-étages, mieux. Ready.gov : murs de brique ou béton les plus sûrs | Encore un bâtiment courant, pas une homologation |
| Parking souterrain, métro | Ready.gov : peuvent offrir un bon abri | Circulation d’air, issues, consigne du lieu ; pas un laboratoire |
Il faut lire la colonne « Limite » : elle pèse autant que celle du milieu.
Un parking n’est pas un abri suisse, et un sous-sol d’immeuble n’est pas un devis NRBC. Ils aident parce qu’il y a de la terre ou du béton au-dessus et autour, et c’est tout. C’est déjà beaucoup par rapport au trottoir.
Gestes familiaux, dans un vrai logement
Il ne s’agit pas de « construire un facteur 1000 », mais de choisir une pièce.
En appartement, on dégage un local intérieur : un couloir, une salle de bains sans fenêtre, une pièce aveugle, loin de la façade et loin du dernier étage si l’on peut descendre sans sortir. Le palier, la cave d’immeuble ou le parking ne comptent que s’ils sont accessibles sans rester dehors et s’ils n’exposent pas à un autre danger, feu, gaz ou consigne inverse.
En maison, on descend d’abord au sous-sol quand il y en a un, sinon on gagne le centre. Ni la véranda, ni la chambre sous les toits.
On ferme, on coupe la VMC, on ferme la cheminée. Les serviettes en bas de porte relèvent du geste de confinement courant, destiné à limiter l’air : ce n’est pas une norme, et je ne le chiffre pas.
Si quelqu’un rentre du dehors, on s’occupe des vêtements extérieurs et du lavage. Le CDC indique qu’on peut héberger une personne qui était dehors sans se mettre en danger, à ces conditions. Ce qu’on ne fait pas, c’est la serrer contre soi avec son manteau.
Aux enfants, on explique la pièce. Une lampe, de l’eau déjà à l’intérieur, un jeu. Le calme tient aussi à ça. Ce n’est pas du remplissage, c’est la vie d’une famille dans 20 m².
Et l’on n’évacue pas vers « un meilleur département » sans ordre. L’OSHA le dit à sa façon, en demandant de connaître le type d’urgence avant d’augmenter la distance ; Géorisques est plus direct encore : n’évacuer que sur ordre.
Ce que les plaquettes vendent à la place
Des parois « NRBC » avec un chiffre d’atténuation isolé. Un module enterré présenté comme la seule masse qui compte. Un sous-sol bien réel méprisé parce qu’il n’a pas de logo.
Ce qui aide vraiment, c’est la masse déjà là : l’étage, le milieu, la fermeture, le temps.
Un filtre d’air est un autre objet, qui ne remplace pas le béton au-dessus de la tête. L’iode en est encore un autre, et elle ne remplace pas un mur. On ne les empile pas dans une phrase de vente.
La Suisse a des abris normés, la France a des bâtiments, et l’on ne fait pas comme si l’un était l’autre. On utilise le bâtiment, puis on lit le devis plus tard, avec des critères et sans facteur inventé.
Je n’ai pas mesuré de débit derrière ma cave, et je n’invente pas l’essai. Je pointe le CDC, je pointe Ready.gov, je pointe Géorisques, et je m’arrête là.