Energie

Batteries lithium et risques d'incendie à la maison

Charge d'une station, d'une powerbank ou d'un vélo : surface dure, chargeur d'origine, batterie saine. Si ça fume, on sort et on appelle les secours.

Station électrique portable posée sur un carrelage dégagé, câble enroulé à côté, détecteur de fumée au plafond

Le 22 septembre 2026, un feu a pris dans un stockage de batteries lithium-ion de l’usine de traitement d’eau F.E. Weymouth, à La Verne, en Californie, installé à côté du champ de panneaux solaires du site. Le Metropolitan Water District, l’exploitant, a indiqué que ces batteries, en service depuis juin, servent à stocker de l’électricité hors pointe et de l’énergie d’origine renouvelable, que la cause restait à établir, et que l’eau potable produite par l’usine n’avait pas été affectée. L’échelle est industrielle. Dans un appartement ou une maison, la même famille de batteries se présente autrement : une station portable sur le carrelage, une powerbank sur la table, la batterie d’un vélo branchée dans l’entrée. La brochure INRS ED 6407 rappelait déjà, en 2021, que l’incendie et l’explosion tiennent surtout à l’emballement thermique, les électrolytes étant combustibles. À l’échelle d’une pièce, c’est encore ce mécanisme-là.

On parle ici de la charge et du départ de feu. La jauge de saison d’une batterie LFP, le gel de cave et le retour à 100 % avant l’hiver forment un autre sujet, celui du rangement. Le choix entre une station et un groupe essence tranche la durée de courant, tandis que les fiches EcoFlow, BLUETTI ou Jackery détaillent un boîtier. Aucun de ces textes ne dit où poser le chargeur.

L’essentiel

On charge sur une surface dure qui ne brûle pas, avec le chargeur prévu pour l’appareil, loin des rideaux, du linge et des issues. Une batterie gonflée, choquée ou qui fuit reste à l’écart et ne rejoint pas les batteries saines. Le détecteur de fumée du logement est à jour. Si la batterie fume ou chauffe fort, on sort et on appelle le 18 ou le 112 : l’emballement peut reprendre, et un extincteur classique n’est pas l’outil de cette situation.

Où poser la charge

La fiche INRS ED 160, datée d’août 2025, concerne les batteries d’énergie intermédiaire, de 100 Wh à 1 kWh, sur les lieux de travail : outils, vélo, trottinette, petit matériel de manutention. Au-delà de 1 kWh, elle renvoie à une analyse de risques spécifique, ce qui couvre déjà plusieurs stations portables qu’on pose dans un salon. Les prescriptions de site, un local résistant au feu pendant une heure ou une zone à dix mètres des bâtiments, ne se recopient pas dans un appartement. Ce qui s’en transpose, c’est le refus des endroits où un départ de feu coupe la sortie, et le refus de charger n’importe où.

La surcharge, un échauffement excessif, un choc, un chargeur inadapté, l’humidité ou une température extrême figurent parmi les événements que l’INRS associe à l’emballement. Une cave humide ou un comble fermé en plein été sortent aussi de la plage de 10 à 25 °C que la fiche retient pour un local de charge. On vise donc une pièce tempérée du logement, sur du carrelage, de la pierre ou un plan minéral dégagé, avec de l’air autour et aucun textile à portée. Le couloir, le palier et l’arrière de la porte d’entrée restent libres, puisque ce sont les dégagements que l’ED 160 demande de ne pas occuper.

SituationGeste
Carrelage ou plan minéral dégagéOui
Canapé, lit, rideau, lingeNon
Couloir, derrière la porteNon, l’issue reste libre
Batterie gonflée, choquée ou qui fuitOn ne la charge pas, on l’écarte des batteries saines
Cave humide ou pièce très chaudeOn charge ailleurs, dans une pièce tempérée
Logement vide pendant la chargeOn reporte, ou quelqu’un peut entendre le détecteur

Sur la chimie, l’INRS note que les batteries LFP présentent aujourd’hui une sensibilité plus faible à l’emballement et des effets moindres lorsqu’il se déclenche. La même fiche ajoute que la sécurité dépend aussi des dispositifs intégrés par le fabricant, très variables d’un boîtier à l’autre. L’Ineris, dans son profil de risque des cathodes LFP, va dans le même sens : le gain de stabilité du matériau ne constitue pas à lui seul une barrière efficace, le seuil pouvant baisser avec l’état de la batterie, et la réaction pouvant rester violente une fois lancée. On lit donc la notice et l’on respecte le BMS du modèle acheté, sans traiter une LFP comme un objet inerte. Le hub autonomie énergétique sert à choisir ce qui doit rester allumé, la checklist avant la coupure à vérifier la jauge, et la page station ou groupe essence à décider si la batterie suffit.

Si la batterie part

L’INRS rappelle qu’un feu de batterie lithium-ion n’est pas un feu de métaux : les électrodes sont déjà oxydées, et ce qui brûle, ce sont surtout des vapeurs d’électrolyte, avec une cinétique rapide, des gaz toxiques et parfois des projections. Arrêter l’emballement demande des moyens conséquents, une grande quantité d’eau par exemple, entre les mains de personnes formées ou des services de secours. Même lorsque la réaction semble cessée, la batterie reste instable et le phénomène peut reprendre à tout moment. La fiche parle alors d’un isolement et d’une surveillance qui se comptent en jours, parfois en semaines. La première intervention avec un extincteur est déconseillée, y compris pour des extincteurs annoncés comme spécifiques aux batteries, dont l’efficacité sur un feu développé n’est pas démontrée. Côté secours, le PNRS publie des partages sur les feux de packs de véhicules électriques et la gestion de l’emballement : le sujet y est traité comme une intervention, pas comme un essai dans la cuisine.

Dans un logement, le détecteur de fumée sert à entendre le départ pendant qu’il est encore temps de sortir. Une couverture anti-feu en fibre de verre, du type de celles dont la fiche annonce l’EN 1869, peut étouffer un petit feu ordinaire juste à côté, un torchon ou le contenu d’une poubelle. Dès que c’est la batterie qui fume, chauffe ou crépite, on quitte la pièce et on appelle. Un sac de charge en fibre de verre au format poche, environ 24 x 6,5 x 18 cm, ne contient qu’une petite batterie amovible. Il ne remplace ni la présence pendant la charge, la notice du sac le dit, ni une station portable, qui n’y entre pas.

Les batteries déformées, gonflées ou qui fuient sont, pour l’INRS, des déchets à isoler des batteries saines, dans un contenant incombustible, à l’écart des matières combustibles, en attendant un enlèvement par une filière du type Batribox ou Corepile. On ne les remet pas sur le chargeur pour voir si elles tiennent encore.

En pratique

  1. Posez la station, la powerbank ou la batterie de vélo sur une surface dure et dégagée, hors textiles et hors issue, et branchez le chargeur prévu pour cet appareil.
  2. Écartez toute batterie gonflée, choquée ou qui fuit, et ne la rangez pas avec les batteries encore saines ; orientez-la vers une collecte, sans la recharger pour vérifier.
  3. Restez en mesure d’entendre un problème pendant la charge, et testez le détecteur de fumée du logement, batterie scellée ou piles selon le modèle.
  4. Si ça fume ou si ça chauffe fort : sortez, appelez le 18 ou le 112, et laissez les secours décider de l’approche. N’essayez pas un extincteur pour voir.
  5. Une fois le logement sûr, le dimensionnement et le rangement de saison se lisent ailleurs : autonomie énergétique, checklist, station ou groupe.

Produits cités

Netatmo détecteur de fumée intelligent (NSA-FR)

Netatmo détecteur de fumée intelligent (NSA-FR)

Certifié NF et EN 14604 sur la fiche, batterie annoncée pour 10 ans, alerte sur le téléphone. Il prévient. Il n'éteint rien.

Voir le détecteur Netatmo
ELRO FB1800, couverture anti-feu 1,80 x 1,20 m

ELRO FB1800, couverture anti-feu 1,80 x 1,20 m

Fibre de verre, boîtier rigide. La fiche indique la DIN EN 1869. Utile pour un petit départ classique (torchon, poubelle) à côté de la zone de charge, pas pour finir un emballement de batterie.

Voir la couverture FB1800

Sac de charge Eterspr, fibre de verre (240 x 65 x 180 mm)

Format poche pour une petite batterie amovible. La fiche demande de ne pas charger sans surveillance. Une station portable n'y entre pas.

Voir le sac de charge