Une amorce de feu n’est rien d’autre qu’un combustible de première seconde : elle attrape l’étincelle et tient une petite flamme assez longtemps pour que le petit bois prenne le relais. Elle prolonge donc le firesteel, qui ne produit qu’une gerbe et attend qu’on lui donne quelque chose à enflammer, et elle se range dans les outils indispensables pour le survivalisme juste à la suite de l’allumeur, dans la rubrique Survie.
L’essentiel. Préparez une dizaine de noix de coton hydrophile imbibé de vaseline, et gardez-les dans une petite boîte rangée contre la tige. La fibre offre une surface à l’air, tandis que la graisse entretient la flamme bien plus longtemps qu’un coton nu. Light My Fire ne dit pas autre chose en précisant que sa tige allume un combustible déjà préparé : une noix suffit, à condition que le petit bois attende à côté.
Trois étages, une page pour le premier
Un feu se construit en trois étages, et les confondre conduit à acheter le mauvais objet.
- L’étincelle (tige, briquet, allumette) : page de l’allume-feu.
- L’amorce : quelques secondes à une ou deux minutes de flamme, à partir d’une étincelle.
- Le feu (petit bois, relais, foyer) : les gestes du foyer.
Light My Fire décrit, sur l’Army comme sur le Scout, une tige capable d’allumer un amadou, des feuilles, du bois, un gaz ou un liquide déjà inflammables, ce qui suppose évidemment que le combustible soit là, préparé et aéré. Exotac va dans le même sens en conseillant de râper un tas de copeaux de tige sur l’amadou avant de frotter. L’attention se déplace ainsi de l’allumeur vers le tas qui doit prendre, et c’est précisément le sujet de cette page.
Faute d’amorce, on frotte sans fin : la gerbe éclaire la nuit, et rien ne s’allume.
Coton vaseliné : préparer, ranger, limiter
La recette tient en deux ingrédients : du coton hydrophile et de la vaseline, autrement dit du pétrolatum, ou gelée de pétrole. On imbibe les noix, on les range dans une boîte, et le jour venu il suffit d’en sortir une, de l’effilocher un peu et d’y jeter l’étincelle, la fibre prenant aussitôt pendant que la graisse entretient.
Le mécanisme n’a rien de mystérieux. Le coton offre une surface considérable, grâce à ses fibres fines et à l’air qu’elles retiennent, alors que la vaseline apporte un combustible gras et hydrophobe sur lequel l’eau perle. L’étincelle enflamme la fibre, puis la graisse fond et alimente la flamme bien plus longtemps qu’un coton nu, lequel disparaît en une seconde. Le tout se refait à l’identique avec deux produits d’officine.
Préparer. Prenez du coton à démaquiller ou en rouleau, jamais un tissu synthétique qui fondrait, avec de la vaseline d’officine. Une petite boîte de film, de pastilles ou de vis accueille sans peine une dizaine de noix. L’imbibition demande un peu de doigté : assez pour que la noix brille, assez peu pour qu’il reste de la fibre à l’air, soit en gardant une mèche plus sèche au centre, soit en effilochant au moment de l’emploi.
Ranger. Gardez la boîte fermée, au sec et contre l’allume-feu plutôt que sous la gourde, parce que la vaseline tache tout ce qu’elle touche. Un modèle en métal ou en plastique à joint fait l’affaire. Une étiquette évite ensuite qu’un enfant confonde un bonbon et une noix de graisse.
Limiter. Une seule noix par feu, et le petit bois à portée de main, faute de quoi elle brûlera à vide pendant qu’on cherche des brindilles. La préparation passe donc avant le frottement, comme le dit déjà la page de l’allume-feu.
Précautions. Puisqu’on manipule de la graisse et une flamme, on reste loin des vêtements, d’un poêle à essence et de l’intérieur d’une tente. Mieux vaut aussi ne pas en avaler et se laver les mains après coup, une gelée de pétrole n’ayant rien d’un produit alimentaire.
Autres amorces, pour rester sur le bon étage
Le coton vaseliné reste la préparation la plus simple à tenir avec deux produits de pharmacie, ce qui n’empêche pas d’autres solutions d’exister.
Bois résineux (MayaSticks). Les MayaSticks / Tinder-on-a-rope de Light My Fire sont taillés dans des souches de pins cultivés au Honduras, chargées jusqu’à 80 % de résine, annoncées combustibles même mouillées et sans chimie ajoutée, pour environ 155 × 20 × 20 mm et 69 g selon les détaillants alignés. Il faut en tirer des copeaux avant de frotter, et la résine prend. Le geste n’est donc pas celui d’une noix de coton, mais on reste au même étage, pour un poids supérieur à celui d’une boîte de cotons.
Tablettes commerciales (cubes, pâte). Leurs notices annoncent souvent « même mouillé », promesse qu’il faut prendre le temps de lire. Ce qui importe ici reste le principe du combustible préparé, et non le classement des cubes entre eux.
Copeaux de tige. Exotac conseille de râper le ferrocerium en tas, puis seulement de jeter l’étincelle. C’est un appoint plutôt qu’une amorce, car en l’absence de coton, de résine ou d’herbe sèche, le tas de métal s’éteint très vite.
Amadou naturel (écorce de bouleau, amadouvier, herbes). Gratuit mais exigeant, parfois protégé, souvent humide, il suppose d’avoir appris à le reconnaître avant d’en avoir besoin. Une boîte de coton reste le filet des jours de pluie.
| Amorce | Ce qu’on prépare | Masse typique | Limite |
|---|---|---|---|
| Coton vaseliné | Pharmacie, boîte de 8 à 12 noix | Quelques dizaines de grammes | Une noix, puis le petit bois |
| Bois résineux | Bâton à râper | autour de 69 g le bâton | Plus lourd, geste de copeaux |
| Tablette du commerce | Cube ou pâte | Variable | Lire la notice, autre chimie |
| Copeaux de tige | Râpés sur l’amadou | Quelques grammes | Brefs, en appoint |
On laisse en revanche hors de la boîte la charpie de sèche-linge, dont les fibres parfois synthétiques fondent au lieu de brûler, ainsi que l’essence ou l’alcool versés sur un tas, qui dégagent des vapeurs dont on se passe volontiers. La vaseline, elle, est un solide gras peu volatil, et c’est bien ce qui explique qu’elle voyage si facilement. Les allume-feu de cheminée du supermarché dépannent eux aussi, à condition d’en lire la notice.
Aucune ration précise ne s’impose, seulement un ordre de grandeur : 8 à 12 noix dans une boîte, la tige à côté, et le souvenir qu’il faudra encore trouver du petit bois sur place. Une famille qui s’entraîne au jardin en prépare une vingtaine un dimanche, quand une boîte suffit largement pour un sac. On remplace ensuite ce que l’exercice a consommé, sachant que cet exercice tient à peu de chose : une noix effilochée dans un bol, dehors, loin de tout rideau, pour vérifier que l’étincelle prend encore et que le mélange ne s’est pas transformé en brique trop grasse.
Reste la règle qui commande le reste : on prépare le combustible en même temps qu’on achète la tige, sans quoi l’allumeur ne rend qu’un service incomplet.
En pratique
- Achetez un paquet de coton hydrophile et un pot de vaseline d’officine : assez pour une dizaine de noix, plus une petite boîte à joint.
- Imbibez chaque noix jusqu’à ce qu’elle brille, laissez de la fibre à l’air, étiquetez la boîte.
- Rangez la boîte contre l’allume-feu, au sec, hors de la poche de la carte.
- Avant de frotter, préparez le petit bois ; sortez une noix, effilochez, jetez l’étincelle, puis le relais.
- Au jardin, une noix, une tige, un bol : ajuster l’imbibition, remplacer ce qui a brûlé, et tenir les mains propres.