Une pastille de purification n’est pas un filtre. Elle ne retient ni le sable, ni le limon, ni les microplastiques : elle désinfecte un volume d’eau déjà claire, dans une bouteille, pendant un temps de contact inscrit sur la notice. Parmi les moyens d’assainir son eau, c’est la chimie de sac, quelques grammes sans pile, au prix d’un goût possible.
Trois familles occupent le rayon : le chlore, dont le dichloroisocyanurate de sodium, le dioxyde de chlore et l’iode. Elles ne sont pas interchangeables. Les temps, les kystes et les contre-indications qui suivent proviennent des fiches Katadyn et des pages du CDC ; il ne s’agit ni d’un avis médical, ni d’un carnet de bivouac.
Les méthodes pour trouver et purifier de l’eau, ébullition et collecte comprises, occupent l’autre page. La pastille, elle, est l’objet.
Trois chimies, un même geste
On remplit un récipient en plastique ou en verre, Katadyn précisant pour le Forte qu’il faut vérifier les métaux avant usage. On ajoute la dose, on attend que le comprimé se dissolve, on agite, puis on attend encore. On ne boit pas dès que l’eau redevient transparente.
| Famille | Exemple documenté | Cible forte | Limite écrite |
|---|---|---|---|
| Chlore / DCCNa | Katadyn Micropur Forte MF 1T | Bactéries et virus en 30 min | Kystes : 120 min ; eau trouble : préfiltre |
| Dioxyde de chlore | Katadyn Micropur MP1 | Bactéries, virus, protozoaires, kystes | Fiche : 4 h d’exposition pour le spectre complet |
| Iode | Comprimés / teinture (notices + CDC) | Bactéries et virus | Cryptosporidium mal couvert ; grossesse, thyroïde, allergie : éviter |
Le CDC, sur sa page randonnée, rappelle que les désinfectants tuent les virus et les bactéries sans venir à bout de tous les parasites, d’où l’intérêt de filtrer d’abord puis de désinfecter. La javel et l’iode s’y montrent peu efficaces, tandis que le dioxyde de chlore vient à bout de Giardia et se révèle « assez efficace » sur Cryptosporidium à condition de suivre la notice. Le plus sûr reste l’association du filtre et de la chimie, ou l’ébullition.
Ces comprimés se rangent dans la gestion de l’eau, en appoint d’une membrane ou seuls quand on n’a qu’une bouteille.
Le chlore : Micropur Forte, pas « du chlore de piscine »
Le Katadyn Micropur Forte MF 1T, article 8014258, associe du troclosène sodique (dichloroisocyanurate) à 99,8 mg/g et de l’argent à 1,8 mg/g, à raison d’un comprimé par litre, soit 100 L pour 100 comprimés. Il se conserve 5 ans à compter de la fabrication, dans son emballage d’origine, au sec et sous 25 °C.
Le mode d’emploi de la factsheet demande d’attendre 10 minutes que le comprimé se dissolve, d’agiter, puis de patienter 20 minutes de plus, soit 30 minutes au total contre les bactéries et les virus. Pour les amibes et Giardia, la même fiche et la page produit indiquent 120 minutes, et une eau très froide porte le délai à deux heures. Les ions d’argent conservent ensuite l’eau jusqu’à six mois, à condition que le récipient reste propre.
Ce n’est ni du dioxyde de chlore, ni de l’iode, ni du Micropur Classic, ce dernier n’utilisant que l’argent avec un temps de contact de deux heures, ce qui en fait plutôt un conservateur de réservoir qu’un désinfectant de voyage.
Sur une eau trouble, Katadyn exige un filtre en amont, les matières en suspension consommant le chlore. Un litre laiteux traité pendant trente minutes n’est pas un litre traité.
Côté goût, la marque admet un léger goût de chlore et vend un antichlore, le Micropur Antichlorine. Comme il s’agit d’un biocide, l’étiquette mérite une lecture : H319 pour l’irritation oculaire, H410 pour la toxicité aquatique, EUH206 pour l’interdiction de mélanger avec d’autres produits, sous peine de dégagement de chlore. Ce n’est pas un bonbon.
Aquatabs et d’autres marques recourent également au DCCNa, avec le même geste : une dose, un volume, un temps. On lit donc cette boîte, pas une notice générique trouvée sur un forum.
Le dioxyde de chlore : plus lent sur le spectre complet
Le Katadyn Micropur MP1, articles 8013692 et 8014996 sur les fiches américaines, délivre 4 ppm de dioxyde de chlore, à raison d’un comprimé par litre, pour une durée de vie de 5 ans. La cible annoncée couvre micro-organismes, bactéries, protozoaires, kystes et virus, avec un temps d’exposition de 4 heures sur la fiche produit.
Les revendeurs américains détaillent souvent des paliers, 15 minutes pour les bactéries et les virus, 30 minutes pour Giardia, 4 heures pour Cryptosporidium en eau difficile. La fiche fabricant qu’on peut citer sans glose retient les 4 heures, et c’est ce délai qu’une page honnête conserve dès lors qu’on veut le spectre mis en avant par la marque.
Le CDC place le dioxyde de chlore au-dessus du chlore simple et de l’iode sur Cryptosporidium, à condition que le temps de contact soit respecté. Quatre heures, cela ne revient plus à mettre un comprimé pour boire à la prochaine pause : c’est un litre qui attend dans le sac pendant qu’on marche.
Le MP1 reste surtout un produit de rayon américain, l’objet courant en Europe étant le Forte, à base de chlore et d’argent. On évitera donc d’acheter l’un en croyant obtenir l’autre.
L’iode : utile, borné, contre-indiqué pour certains
L’iode, sous forme de tétraglycine hydropériodure en comprimés ou de teinture à 2 % dans le protocole d’urgence du CDC, tue la plupart des bactéries et des virus, mais reste faible sur Cryptosporidium. La page urgence du CDC indique que l’iode et les comprimés d’iode « ne tueront pas » ce parasite, et la page randonnée que l’iode et la javel « ne marchent pas bien » sur les parasites.
Qui doit éviter l’eau désinfectée à l’iode, d’après le CDC, pages randonnée et urgence :
- personne enceinte ;
- personne avec un problème de thyroïde ;
- personne avec une hypersensibilité à l’iode.
Durée. Personne ne devrait boire une eau traitée à l’iode plus de quelques semaines d’affilée. Le Yellow Book ajoute que l’OMS recommande de limiter cet usage à quelques semaines, que les femmes enceintes doivent éviter un usage prolongé en raison de la thyroïde du fœtus, et qu’il vaut mieux proposer la chaleur, la chloration ou la filtration.
Ces phrases sont des extraits d’agences, pas un diagnostic. Un médecin de voyage tranche au cas par cas, ce qu’une page web ne fait pas.
L’iode colore et donne du goût, ce qui ne justifie pas de le choisir « parce que ça a l’air plus fort ». Sur le Cryptosporidium, les lectures du CDC renvoient au dioxyde, ou au filtre associé à l’ébullition, pas à l’iode.
Eau trouble, eau froide, volume
Trois erreurs de lecture reviennent.
1. Traiter une eau sale. Qu’il s’agisse de chlore, de dioxyde ou d’iode, le désinfectant se consomme sur la matière organique. Katadyn demande une eau claire pour le Forte, sinon un filtre ; le CDC demande de filtrer avant de désinfecter. Un t-shirt propre, un préfiltre de pompe ou une décantation ne sont donc pas des raffinements décoratifs.
2. Raccourcir le temps. Les 30 minutes du Forte couvrent les bactéries et les virus, pas les kystes. Les 4 heures du MP1 correspondent au délai que met en avant la fiche. Une eau froide porte le Forte à deux heures. La montre fait partie de l’objet.
3. Se tromper de litre. Un comprimé Forte traite 1 L. Deux litres dans une gourde en réclament deux, et non « un peu plus d’attente ». Les pastilles prévues pour 10 ou 20 L existent dans d’autres gammes, destinées aux citernes, et n’ont rien à faire dans une gourde de 0,8 L sans relire la dose.
Le récipient compte lui aussi : Katadyn indique plastique ou verre pour le Forte, et demande de vérifier les métaux. Un bidon métallique inconnu n’est pas le bécher de la notice.
Pastilles, paille, ébullition
La paille filtre les bactéries, les parasites et les particules, sans temps de contact, et laisse passer les virus sur les modèles à 0,2 µm de type LifeStraw. La pastille désinfecte, virus compris pour le Forte et le MP1, sans rien retirer de la boue.
L’ébullition, selon le CDC, demande une minute à gros bouillons, et trois minutes au-dessus de 2 000 m (6 500 pieds). Elle tue virus, bactéries et parasites sans aucune chimie, mais elle exige du feu et du temps, et ne traite pas une pollution chimique.
Le couple utile, toujours selon le CDC, associe le filtre puis la pastille quand on n’a pas de feu et qu’on veut couvrir virus et kystes. La pastille employée seule, sur une eau claire et avec le temps respecté, reste un plan B de voyage. Elle n’est pas « plus moderne » que la paille : c’est un autre barreau de l’échelle.
Micropur Forte MF 1T : la boîte que l’on peut citer
Référence 8014258, quatre plaquettes de 25 comprimés, 100 L au total. L’ASIN Amazon.fr vérifié est B006QJN2OA. Il s’agit d’un biocide PT5, portant le numéro BAuA N-58039 sur la fiche, destiné selon Katadyn à un groupe de 1 à 5 personnes, pour un usage occasionnel sur de l’eau de robinet ou de source claire.
Ce qu’on n’en fera pas : le traitement d’une citerne de 200 L avec une seule plaquette, un substitut d’iode « pour la thyroïde », un filtre, un produit à avaler, ou un mélange avec de l’eau de Javel ou un autre biocide.
Après ouverture, on referme et l’on tient au sec. La DLUO figure sur l’emballage et se distingue du numéro de lot, comme le précise la FAQ Katadyn. Une boîte de 2018 ouverte dans une boîte à gants ne correspond plus à la fiche.
Ce qu’une pastille ne remplace jamais
Elle ne rend potable ni une eau de mer, ni une eau de radiateur, ni une eau d’inondation chargée d’hydrocarbures : face à une pollution chimique ou radioactive, le CDC demande de changer de source. Elle ne lave pas davantage un gobelet sale, et elle ne dispense pas de préférer l’eau qui coule à l’eau stagnante, comme l’explique la page méthodes.
Pour une famille en coupure, 100 L de Forte représentent 100 bouteilles d’un litre, ce qui ne constitue pas le stock de la cave. Ce stock, on le remplit avant, au robinet encore sûr. La pastille, elle, est l’outil du doute, du voyage et du second litre trouvé en chemin.
On retiendra donc le chlore pour le quotidien de sac en Europe, le dioxyde quand on veut le spectre kystes et qu’on accepte les quatre heures, et l’iode seulement après avoir lu les contre-indications du CDC et faute d’autre solution. Dans les trois cas, il faut une eau claire, une dose juste et un temps respecté. Sans quoi il ne s’agit plus d’une purification, mais d’un comprimé jeté dans une flaque.