Gestion de l'eau

Gourde filtrante de randonnée : filtre intégré vs bouteille plus paille

Une gourde filtrante emporte un litre déjà passé. LifeStraw Go (membrane + charbon) vs bouteille + paille, distincte d'une paille seule et d'un jerrican.

Gourde filtrante sur un rocher moussu

Une gourde filtrante est un contenant équipé d’un filtre dans le bouchon ou dans la paille intégrée : on la remplit d’eau brute, on referme, on boit de l’eau déjà passée, et l’on marche avec ce volume sur la hanche. Elle se distingue d’une paille filtrante employée seule, qui donne une gorgée sans aucun stock, comme d’un jerrican de cave, avec ses 10 à 20 L opaques et sa rotation.

Parmi les moyens d’assainir son eau, c’est l’objet du « une personne, une journée, un litre ». Les méthodes pour trouver et purifier de l’eau indiquent où puiser et comment faire bouillir ; il s’agit ici de choisir un montage d’objet.

Les cotes proviennent des fiches LifeStraw Go Series et Katadyn BeFree, et aucun test de débit en sentier n’est inventé.

Deux montages, une question de volume

MontageCe qu’on emporte de traitéPoids d’ordreLimite
Paille seuleRien. On boit sur place.~46 g (LifeStraw Personal)Une bouche, pas de cuisine
Bouteille quelconque + pailleRien, ou le litre brut dans la bouteilleBouteille + 46 gOn filtre en buvant, le stock n’est pas propre
Gourde à filtre intégré0,6 à 1 L déjà passé170 à 270 g selon les fichesToujours un microfiltre : pas les virus
Flasque souple filtrante (type BeFree)0,6 à 1 L déjà passé, pliable à vide63 g (BeFree 1,0 L)TPU plus fragile qu’une bouteille rigide

Les deux derniers montages rangent de l’eau propre dans le sac, ce qui fait tout leur intérêt : on n’attend pas la prochaine vasque pour s’hydrater en marchant. En revanche, on n’a pas non plus les 15 L nécessaires à la maison.

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Ce que « filtre intégré » veut dire

Sur une LifeStraw Go Series, deux étages se succèdent.

  1. Membrane 0,2 µm. Même famille que la paille Personal : 99,999999 % des bactéries, 99,999 % des parasites et microplastiques, normes US EPA et NSF P231. Durée annoncée : 4 000 L (1 000 gallons). Quand la membrane est morte, le débit s’arrête.
  2. Charbon actif. Goût, chlore, matières organiques. Durée annoncée : 100 L (26 gallons), soit environ deux mois d’usage régulier selon la marque, ou dès que l’odeur et le goût reviennent. NSF 42 pour la réduction du chlore.

La fiche de la Go Series 1 L annonce 268 g pour 27 cm × 8,9 cm, un litre, des pièces remplaçables et l’absence de BPA. On lave la bouteille sans ses filtres au lave-vaisselle, une option que LifeStraw ne recommande d’ailleurs pas en premier choix, tout en interdisant le séchage chauffé.

Le modèle de 710 ml listé chez les marchands, la Go 2-Stage, reprend exactement la même architecture à deux étages pour un volume un peu plus petit. C’est une contenance différente, pas une autre technologie.

LifeStraw le précise dans son aide : la Go et la Personal n’enlèvent pas les virus. Il faut passer à la gamme purificateur, avec ses pores de 0,02 µm, ou ajouter des pastilles.

L’autre école : flasque et membrane, sans charbon

La Katadyn BeFree 1,0 L associe une SoftFlask Hydrapak en TPU à une membrane à fibres creuses de 0,1 µm, dite EZ-Clean, pour un débit annoncé jusqu’à 2 L/min et une capacité de 1 000 L selon l’eau, le tout en 63 g et 26,5 × 8 × 6,5 cm, sans BPA ni PVC. Le nettoyage se fait par agitation ou rinçage, sans rétrolavage, sur une eau claire, contre les bactéries, les kystes et les sédiments ; aucun discours viral ne figure sur cette fiche.

Il s’agit encore d’une « gourde filtrante » au sens large, puisqu’un contenant s’y associe à un filtre. Ce n’est simplement pas une bouteille rigide : vide, elle se plie dans une poche de short ; pleine, elle se comporte comme une poche souple, et l’on évite de la poser n’importe où sur du granit.

Deux philosophies se dégagent :

  • Go : plus lourde, avec charbon (goût du robinet, du chlore), volume stable, mieux adaptée à la ville, au voyage ou au festival.
  • BeFree : plus légère, plus rapide sur la fiche, sans charbon, flasque à ménager, mieux adaptée au trail si l’on accepte le TPU.

Ni l’une ni l’autre n’est une paille, ni un sac à gravité de 3 ou 6 L.

Bouteille plus paille : le montage du milieu

On dispose déjà d’une bouteille d’eau, d’un bidon de soda ou d’une gourde sans filtre. On y verse l’eau du ruisseau, puis on boit à travers une paille Personal. D’après les notices, et sans essai de notre part, ce montage présente quelques avantages :

  • on puise une fois, on s’éloigne de la berge (moustiques, glisse) ;
  • le stock brut est là, le filtre reste l’objet de 46 g ;
  • si la paille meurt, il reste la bouteille pour faire bouillir.

L’inconvénient est structurel : l’eau contenue dans la bouteille n’est pas traitée. Celui qui l’ouvre, la verse dans une casserole ou la partage au goulot recontamine, ou boit brut. La gourde à filtre intégré inverse le problème, puisque ce qui sort par l’embout est passé, tandis que ce qui reste dans le corps, en amont de la membrane, demeure brut. On ne dévisse donc pas le fond pour servir « un peu de la gourde » à un enfant sans passer par le filtre.

D’où deux formules :

  • bouteille + paille = stock brut et filtre amovible ;
  • gourde filtrante = stock dont la sortie est filtrée.

L’hygiène de groupe diffère, le poids aussi.

Quand la gourde suffit

Une journée de GR, un aller-retour, un festival où l’eau du robinet a un goût de javel, cas où le charbon de la Go sert vraiment, avec sa certification NSF 42. Un adulte, un litre, des sources espacées de quelques heures : on remplit à la vasque, on referme, et l’on boit en marchant sans avoir à s’agenouiller de nouveau.

Elle rend également service en appoint urbain, sur une fontaine, un robinet inconnu ou en voyage. LifeStraw positionne d’ailleurs la Go Series autant pour le quotidien que pour le sentier. Ce n’est pas un argument d’essai, mais l’usage écrit sur la fiche, entre chlore, goût et bouteille réutilisable.

Elle suffit moins dès qu’on veut :

  • trois litres pour un bivouac à deux (on veut gravité ou pompe) ;
  • un stock de maison (jerrican) ;
  • une protection virale (pastilles, UV, ébullition, purificateur) ;
  • boire sans jamais s’arrêter, à même le torrent, le plus léger possible (paille).

Entretien, gel, pièces

La Go affiche deux durées de vie : 4 000 L pour la membrane, 100 L pour le charbon. On remplace donc souvent le second et rarement la première. LifeStraw vend les deux séparément, en prévenant que la membrane diffère selon le bouchon, press-fit pour une paille rabattable, à visser pour un embout vissé. Acheter « un filtre Go » au hasard revient à risquer l’incompatibilité.

La BeFree tient 1 000 L sur une seule cartouche, nettoyée par agitation. Plus simple, donc, mais à remplacer plus tôt si l’eau est chargée.

Une membrane pleine qui gèle se fend : on vide, et l’on évite de laisser la gourde dans un vestibule de tente à −5 °C. Les fiches insistent surtout sur le stockage long et le séchage, sans traiter du winter hiking, d’où une prudence déduite plutôt qu’une température de rupture inventée.

L’embout, enfin, touche des mains, des sacs et de la terre, et la membrane placée en aval ne stérilise pas un bouchon. On rince donc l’embout, et l’on évite de poser le filtre dans l’herbe.

Gourde, paille, jerrican : ne pas acheter trois fois le même geste

La paille répond au besoin de pouvoir boire à la prochaine eau pour 50 g. La gourde répond au besoin d’un litre propre sur soi. Le jerrican répond à celui de 20 L au garage, remplis avant la coupure.

Acheter une gourde filtrante pour la cave revient à disposer de 0,7 L pour 270 g au lieu de 20 L alimentaires. Acheter une paille en croyant emporter de l’eau pour l’après-midi mène à se retrouver à sec entre deux sources. Prendre les deux, une paille de secours et une gourde du quotidien, n’a en revanche rien d’absurde, puisqu’il s’agit de deux pannes distinctes : un contenant percé d’un côté, une membrane colmatée de l’autre.

Le charbon de la Go, enfin, ne justifie pas de boire l’eau d’un fossé agricole. Il réduit le chlore et certains composés organiques, sans transformer une pollution chimique en eau de robinet. Le CDC est clair : face à une source chimique, on change de source.

LifeStraw Go 2-Stage 710 ml : ce que la fiche marchande recoupe

L’ASIN B08G1ZJSRC désigne une bouteille de 710 ml, avec une membrane annoncée jusqu’à 4 000 L, un charbon jusqu’à 100 L, les protocoles EPA et NSF cités, et deux étages. C’est la Go de randonnée et de voyage, à distinguer de la Peak compressible, de la Personal et de la Mission 5 L.

Le poids et le diamètre varient selon le corps, plastique ou inox isolé, au sein de la même série. L’inox isolé de la Go Series, dont la fiche donne 700 ml, relève du quotidien : il tient le froid et pèse davantage. Pour le sac, le corps plastique en 710 ml ou 1 L correspond mieux à l’intention randonnée.

On n’en fera ni un filtre de camp, ni une paille, ni un jerrican. Un litre propre, une membrane 0,2 µm et un charbon à changer : le cahier des charges s’arrête là.

Produits cités

LifeStraw Go 2-Stage (710 ml)

Bouteille + membrane 0,2 µm (jusqu'à 4 000 L) + charbon (~100 L). Un volume à emporter, pas une paille, pas un jerrican.

Voir la gourde Go