Abris anti-atomiques

Iode stable : ce qu’elle protège, ce qu’elle ne protège pas

Campagne 0-10 km depuis le 15 septembre 2024. Prise uniquement sur ordre du préfet. Notice ASNR, pas un conseil médical. Elle ne protège ni du césium ni des gamma.

Boîte de comprimés ouverte, plaquette de cachets blancs et verre d’eau sur une table de cuisine.

Un comprimé, une glande, un ordre

L’iode stable, c’est de l’iodure de potassium, autrement dit un médicament. En France, on le distribue autour des installations susceptibles de rejeter des iodes radioactifs, et on le prend uniquement si le préfet le dit : pas avant, pas « au feeling », et pas à la place des murs.

Depuis le 1er janvier 2025, c’est l’ASNR, née de la fusion de l’ASN et de l’IRSN, qui porte le sujet côté sûreté et radioprotection. On ne dit donc plus « l’ASN » toute seule pour 2025-2026.

La page de référence est la distribution d’iode de l’ASNR, que l’on recoupe ici avec Géorisques, Service-Public, le HCSP et une réponse au Sénat. Ce n’est pas un conseil médical, c’est la consigne écrite.

Pour comprendre la différence entre explosion et accident de centrale, voir explosion nucléaire ou accident de centrale. L’iode est pensée pour un rejet d’iode radioactif, typiquement lors d’un accident d’installation, et non pour un souffle ou pour « tout le nucléaire ». Voir aussi ce que « abri anti-atomique » veut dire vraiment en France.

Un comprimé vendu comme un abri mélange deux objets. Les autorités, elles, associent l’iode à la mise à l’abri, et seulement sur ordre.

Campagnes : 0-10 km, puis 0-20 km

L’ASNR indique que les pouvoirs publics et EDF organisent à partir du 15 septembre 2024 une campagne de renouvellement et de mise à disposition dans un rayon 0-10 km autour des centrales, en pharmacie et sans justificatif pour les particuliers, le tout piloté par le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer.

Le même cadre invite les personnes qui résident ou travaillent dans les PPI du CEA Cadarache et de l’Institut Laue-Langevin à Grenoble à retirer également leurs comprimés.

Géorisques, dans un article publié le 17 septembre 2024, le confirme pour les communes situées jusqu’à 10 km autour de certains sites, et pour les particuliers comme pour les ERP, les entreprises et les collectivités. Pour savoir si l’on est concerné, on entre son adresse sur Géorisques et l’on regarde le bandeau « Campagne iode 2024/2025 ».

Service-Public A17687, le 25 septembre 2024, précise les rayons : 10 km autour d’une centrale de production d’électricité, 5 km autour d’autres installations civiles ou militaires. Le retrait reste sans justificatif pour le foyer ; sur le lieu de travail, c’est le directeur qui s’approvisionne, et les ERP passent par des bons de retrait.

La réponse ministérielle au Sénat (qSEQ241000413, JO du 5 décembre 2024) confirme le calendrier : campagne ouverte le 15 septembre 2024 sur les 0-10 km des 18 CNPE, et début janvier 2025 pour les quatre ports militaires.

Une campagne avait déjà élargi le PPI de 10 à 20 km en 2019-2020, et l’ASNR le rappelle : habitants et ERP de 10 à 20 km étaient alors concernés pour la première fois à cette échelle. Un renouvellement sur l’ensemble des périmètres 0-20 km est prévu à partir de septembre 2026, suivi d’une mise à disposition continue en pharmacie pour les nouveaux arrivants et les boîtes périmées. On ne se constitue donc pas un stock personnel « hors consigne » : on suit la campagne de sa zone.

Pour les comprimés de 2024, Service-Public indique une validité de 10 ans, avec une conservation dans l’emballage cartonné, à l’abri de l’humidité et à température ambiante. Les boîtes périmées des campagnes anciennes se rapportent en pharmacie.

Disposer de comprimés dans la zone PPI est un geste de précaution pour gagner du temps si le préfet ordonne la prise. C’est la phrase de Service-Public, et ce n’est pas une invitation à les avaler de sa propre initiative.

Hors PPI : stocks de l’État, pas l’officine du coin

L’ASNR consacre une rubrique à la question, sous le titre « Et au-delà ? » : l’État a constitué des stocks et des circuits pour protéger la population en dehors des périmètres des installations, de façon à couvrir les besoins en cas de risque d’exposition à l’iode radioactif.

Le Sénat, dans la même réponse qSEQ241000413, décrit deux organisations.

  1. Hors PPI : distribution planifiée, déclenchée par le préfet, cadre ORSEC Iode. Stocks répartis sur le territoire, centres stratégiques sous pilotage de Santé publique France (SPF). Actualisation périodique, chiffres INSEE.
  2. Dans le PPI : distribution préventive. Chaque exploitant approvisionne les pharmacies.

Je ne publie pas ici de volume de stock : le Sénat a déjà indiqué, dans un autre échange, que l’état exact pouvait relever du secret. Je cite le circuit, et je m’arrête là.

Géorisques ajoute, pour le jour de l’accident, que si l’on n’a pas de comprimés, une distribution d’urgence est organisée dans des lieux collectifs définis par le préfet. Là encore, c’est un ordre, pas un marché.

Hors zone, on n’anticipe donc pas une automédication : c’est ce que demandent les autorités.

Quand la prendre, et quand ne pas la prendre

Pour être efficace, écrit l’ASNR, le comprimé doit être ingéré idéalement dans les quelques heures avant le passage des particules et gaz radioactifs, et au plus tard dans les 8 heures après. Autrement dit immédiatement quand le préfet donne la consigne, et uniquement à ce moment-là, toute nouvelle prise se faisant elle aussi sur instructions.

On est prévenu, selon l’ASNR, par France Bleu, France 3, les sites internet préfectoraux et des véhicules à haut-parleur. Géorisques ajoute la sirène et, dans la vie réelle des familles, FR-Alert.

On ne prend donc pas le comprimé la veille « pour être tranquille », on ne le donne pas à un enfant parce qu’un voisin l’a fait, et l’on n’en fait pas une cure.

Les contre-indications sont rares, indique l’ASNR, qui demande néanmoins de consulter dès maintenant son médecin traitant en cas d’antécédent ou de maladie thyroïdienne, ou d’hypersensibilité connue à l’iode. C’est ce que dit la page, et ce n’est pas à moi de trancher.

Posologie : la notice ASNR, pas un conseil médical

Les comprimés cités par l’ASNR sont dosés à 65 mg d’iodure de potassium. Ils sont quadri-sécables, et s’avalent ou se dissolvent dans de l’eau, du lait ou du jus de fruit. Ils se rangent dans un lieu accessible, en emballage d’origine, au sec, hors de portée des enfants, à une température ne dépassant pas 25 °C.

Ce qui suit est exactement le tableau de la page ASNR, recopié comme notice officielle. Ce n’est pas un conseil médical. En cas de doute, il faut s’en remettre au médecin, au pharmacien et à la consigne du moment.

Posologie des comprimés à 65 mg, selon l’ASNR :

  • à partir de 12 ans, adultes, y compris les femmes enceintes : 2 comprimés ;
  • enfant de 3 à 12 ans : 1 comprimé ;
  • bébé de 1 mois à 3 ans : un demi-comprimé ;
  • nouveau-né jusqu’à 30 jours : un quart de comprimé.

Service-Public renvoie lui aussi à la notice pour le nombre de comprimés selon l’âge. On ne bricole pas une autre dose, et l’on ne « double pas pour faire mieux ».

Le HCSP, dans son avis du 6 juillet 2021, actualise les recommandations de 2004 : pris assez tôt, l’iode stable sature la thyroïde et empêche la captation des iodes radioactifs, avec un intérêt majeur pour les populations jeunes, les femmes enceintes et allaitantes. L’avis compte vingt recommandations, dont la protection selon l’âge.

Le PDF de l’avis le formule de façon consensuelle : les priorités physiologiques vont aux enfants, aux adolescents, aux femmes enceintes et aux femmes allaitantes. La thyroïde de l’enfant est plus petite et connaît davantage de divisions cellulaires ; une femme enceinte est concernée pour elle et pour le fœtus ; et comme l’iodure passe dans le lait, le traitement des mères allaitantes doit être le plus court possible, toujours selon cet avis.

Le HCSP note aussi que la population de plus de 40 ans n’est pas jugée prioritaire de la même façon, ce qui ne signifie pas qu’elle en serait écartée. L’ASNR écrit de son côté que les comprimés peuvent être pris par tous, et sont en particulier recommandés pour les thyroïdes les plus sensibles. Les deux phrases tiennent ensemble, et je ne les fusionne pas.

Je ne choisis ni à la place du préfet, ni à la place du pédiatre.

Ce qu’elle protège, ce qu’elle ne protège pas

Le mécanisme, tel que Géorisques et l’ASNR le décrivent, est simple : un iode radioactif respiré ou avalé se fixe sur la thyroïde et accroît le risque de cancer, surtout chez les jeunes ; l’iode stable sature la glande, si bien que l’iode radioactif ne s’y concentre plus autant.

Géorisques est net sur la limite : les comprimés ne protègent pas contre les rejets d’autres éléments radioactifs, pour lesquels il faut compter sur la mise à l’abri ou l’évacuation. Service-Public reprend la même phrase.

Cela veut dire ni le césium, ni les gamma venus du dehors, ni le souffle, ni un « nuage entier », ni un bâtiment, ni un filtre.

La mise à l’abri reste donc le geste immédiat. L’ASNR la décrit comme une structure en dur, des locaux clos et peu ventilés, et l’iode y est associée plutôt qu’elle ne la remplace.

Protégé / viséPas protégé
Thyroïde, contre l’iode radioactif inhalé ou ingéréAutres radioéléments (dont le césium)
Surtout enfants, ados, femmes enceintes et allaitantes (HCSP, ASNR)Rayonnements gamma externes
Efficace si prise au bon moment (quelques heures avant, au plus tard 8 h après : ASNR)Souffle, chaleur, débris
Geste utile si le préfet l’ordonneUn accident « en général », sans iode dans le rejet
Précaution : avoir la boîte en zone PPI pour gagner du tempsAutomédication hors consigne, hors zone, « au cas où » bricolé

Les deux colonnes se lisent ensemble : celle de droite pèse autant que celle de gauche.

Tableau des campagnes et des stocks, pour s’y retrouver

Où vous êtesComment l’iode arriveQuand on l’avale
0-10 km d’un CNPE (campagne ouverte au 15 sept. 2024)Pharmacie partenaire, gratuit, sans justificatif pour le foyer (ASNR, Service-Public, Sénat)Seulement sur ordre du préfet
5 km autour de certaines autres installations (Service-Public)Idem, si le bandeau Géorisques le ditIdem
10-20 km (PPI élargi 2019-2020)Campagne passée ; renouvellement d’ensemble 0-20 km prévu sept. 2026, puis distribution continueIdem
Hors PPIStocks SPF / ORSEC Iode, déclenchés par le préfet (Sénat, ASNR « Et au-delà ? »)Idem : jamais tout seul
Travail ou ERP dans la zoneEmployeur / responsable, bons de retraitIdem

À la maison, on range les boîtes avec leur notice et l’on sait où elles se trouvent, sans en faire un sujet de conversation angoissée à table. Une phrase suffit : on attend le préfet.

Limites, encore une fois

Je ne prescris rien, je recopie l’ASNR.

Je n’invente aucune posologie « familiale » : les 2, 1, 1/2 et 1/4 viennent de la page.

Je n’écris pas non plus qu’un comprimé remplace une cave, un immeuble ou FR-Alert.

Et je ne conseille pas de constituer un stock hors zone : hors zone, cela relève de l’État, de SPF et du préfet.

L’iode n’est pas un test de « bon père de famille », c’est un médicament de crise inscrit dans une doctrine d’accident. À côté viennent le bâtiment en dur, la ventilation coupée, les enfants laissés à l’école sur consigne, et l’évacuation seulement si on vous le dit ; Géorisques tient toute la liste.

Un devis d’abri qui met l’iode en gros dans son slogan mélange les objets. Ce qui aide, c’est la bonne boîte, au bon endroit, avalée au bon moment et seulement alors. La notice, le préfet, les murs, dans cet ordre.