Le moment où le risque grimpe tombe toujours à peu près au même endroit du calendrier, quand la tempête coupe le courant et que le groupe électrogène sort de l’abri de jardin, ou quand le poêle et le chauffage d’appoint reprennent du service aux premiers froids. L’Anses compte chaque année en France environ 3 000 personnes intoxiquées accidentellement au monoxyde de carbone, et une centaine en meurent, presque toujours à cause d’un appareil mal placé ou mal entretenu. Comme ce gaz est invisible, inodore et non irritant, la seule façon de le repérer à temps passe par un appareil. L’emplacement du groupe reste la première protection, et le guide des groupes électrogènes s’y attarde longuement ; la seconde, qui fait l’objet de cette page, est un détecteur à piles posé à l’intérieur du logement, là où l’on dort et là où brûle le combustible.
L’essentiel
Un détecteur de CO à piles, conforme aux normes EN 50291 et doté d’un écran en ppm, suffit à la plupart des foyers : un près des chambres, un second dans la pièce du poêle ou de la chaudière. Le capteur du FireAngel FA6812 dure dix ans. L’erreur la plus grave reste le groupe rentré au garage.
Pourquoi un détecteur à piles, et pourquoi celui-là
Pendant une coupure, un appareil alimenté uniquement par le secteur s’arrête précisément au moment où le groupe tourne et où l’on rallume le poêle, ce qui explique que les cinq solutions familiales face aux coupures d’électricité associent déjà un détecteur à piles à la cuisson au butane dans la maison. Le FireAngel FA6812 coche ces cases pour un prix modeste : il fonctionne sur deux piles AA fournies et remplaçables, il est conforme aux normes EN 50291-1:2018 et EN 50291-2:2019, et son capteur électrochimique est donné pour dix ans, avec une alerte de fin de vie qui s’affiche le jour où il faut le remplacer.
Ce qui le distingue d’un modèle d’entrée de gamme, c’est surtout l’écran LCD, qui affiche en veille le taux de CO en ppm (on voit donc un chiffre monter avant même que l’alarme se déclenche) et qui garde la mention « AL » quand l’alarme a sonné en votre absence, utile si la maison est restée fermée pendant que le groupe tournait dehors. L’alarme elle-même atteint 85 dB(A) à 3 m. Avec ses 145 g et ses 12 × 7,3 × 3,6 cm, il se fixe au mur avec le support et les vis fournis ou se pose simplement sur un meuble, et il accepte une plage de fonctionnement de -10 °C à +40 °C, ce qui couvre aussi la caravane ou le camping-car pour lesquels il est également prévu.
Ses limites tiennent en peu de choses. Il surveille uniquement le monoxyde de carbone, si bien qu’un détecteur de fumée reste à prévoir à côté, et il protège seulement la pièce où il se trouve, d’où l’intérêt d’en poser deux dès que le poêle et les chambres sont éloignés l’un de l’autre. À mon avis, c’est ce second détecteur que l’on repousse le plus volontiers, alors que c’est lui qui veille sur la pièce où brûle le bois ou le fioul.
Où poser le groupe, où poser le détecteur
Le tableau qui suit reprend les consignes de l’Anses et de Vigil’Anses pour le groupe, auxquelles s’ajoute la distance de 6 mètres des portes, fenêtres et prises d’air que recommandent Santé Canada et le CDC américain.
| Lieu | Groupe électrogène | Détecteur de CO |
|---|---|---|
| Jardin ou cour, à 6 m des portes, fenêtres et prises d’air | Oui | Inutile dehors |
| Garage, cave, grenier, sous-sol, camping-car | Jamais | Utile dans la pièce de vie voisine |
| Pièce du poêle, de la chaudière ou du chauffage d’appoint | Jamais | Oui, à la distance de l’appareil indiquée par la notice |
| Couloir ou chambre | Jamais | Oui, à la hauteur indiquée par la notice |
La hauteur de pose et la distance minimale avec un appareil à combustion varient d’un fabricant à l’autre, et c’est la notice du détecteur qui fait foi. En maison avec jardin, la répartition la plus simple consiste à garder la station électrique au salon et le groupe dehors, comme le détaille la page sur l’autonomie énergétique d’une maison avec jardin, avec un détecteur dans le couloir des chambres.
Les risques à connaître cet hiver
Avant même qu’une alarme ait l’occasion de sonner, l’Anses et Vigil’Anses rappellent les règles qui empêchent le gaz de s’accumuler dans la maison :
- groupe électrogène, brasero, barbecue : uniquement à l’extérieur, hors garage, cave, grenier, sous-sol et camping-car, et loin des portes, fenêtres et bouches d’aération (Anses, Vigil’Anses) ;
- chaudière, chauffe-eau, poêle, cheminée et conduits : entretien par un professionnel qualifié au moins une fois par an et avant toute remise en route, résidence secondaire comprise (Anses) ;
- chauffage d’appoint à combustion : deux heures de suite au maximum, avec le seul combustible prévu par le fabricant (Anses) ;
- plaques, four, réchaud à gaz : réservés à la cuisson, jamais au chauffage de la pièce (Anses) ;
- aération : au moins dix minutes par jour, même par grand froid, avec la VMC, les grilles et les bouches d’aération dégagées (Anses) ;
- symptômes : maux de tête, grande fatigue, nausées, vomissements ou vertiges, surtout s’ils apparaissent vite et touchent plusieurs personnes ou les animaux de la maison en même temps (Anses).
Lors des tempêtes Ciaran et Domingos de novembre 2023, Vigil’Anses a relevé 91 personnes exposées au CO, dont quatre dont le pronostic vital a été engagé et une qui en est morte ; dans chacun de ces cas graves, le groupe avait été installé dans la cave ou le garage.
En pratique
- Acheter un détecteur à piles conforme aux normes EN 50291, insérer les piles et attendre que l’écran affiche 0 ppm.
- Le fixer près des chambres en suivant la notice pour la hauteur, puis en poser un second dans la pièce du poêle, de la chaudière ou du chauffage d’appoint.
- Appuyer sur le bouton de test avant l’hiver et à chaque changement de piles, en notant la date sur l’appareil.
- Repérer dans le jardin l’emplacement du groupe, à 6 m des portes, fenêtres et prises d’air, et faire entretenir chaudière, poêle et conduits avant la saison de chauffe.
- Si l’alarme sonne ou si des symptômes apparaissent : ouvrir portes et fenêtres, arrêter si possible les appareils à combustion, sortir de la maison, puis appeler le 15, le 18 ou le 112 (114 pour les personnes sourdes ou malentendantes), ou un centre antipoison au 01 45 42 59 59.